‹ Fables nouvellesChapitre 20 sur 21 · e LIVRE QllA'IRiÈMK · texte numérisé non relu

e LIVRE QllA'IRiÈMK

Témoin de mes douleurs amères.

De mon deuil et de mes regrets ; Toi qui me vois écoutant l'heure Qui résonne au lointain beffroi, Et de mon ancienne demeure Cherchant la trace autour de moi ; Toi qui me vois rêvant la place Où mes regards à demi clos Caressaient l'enfant plein de grâce , Endormi sous ses blancs rideaux ; Toi qui fais rayonner dans l'ombre Tous ces fantômes décevants Oui viennent peupler ma nuit sombre, Du passé songes enivrants ; D'où vient que ta lueur sereine Éclate en plus vives splendeurs?

D'où vient donc ta clarté soudaine ?

— Je meurs !

MjC» tamtes ftu Cet^f.

Au bruit lointain du cor, dans un bois séculaire , Des cerfs, tremblants débris d'une peuplade entière

Sons l'abri d'un rocher devisaient tristement :

M Comment soustraire à l'homme , au chasseur sanguinai

M Leur race décimée, et que rien ne défend? »

L'un d'eux prit la parole ; il était vieux et sage : « Contre notre ennemi nous lutterions en vain , » Dit-il ; il a pour lui la ruse et le courage; » Le trépas le devance, et pour guider sa main , » La meute, aux cris sanglants, l'aiguillonne au carnage. » Voulons-nous de la mort voir nos fils préservés? » A la pitié de Ihomme , eh bien ! qu'ils le demandent ! » L'hommeestsensibleaux mauxparlui-mèmeéprouvés; » Il est touché , dit-on , quand des pleurs se répandent ; » Pleurons, s'il nous menace, et nous serons sauvés! »

Depuis ce temps, le cerf a recoiu-s à ce charme ;

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Mais il hfite sa tiiort, qu'il peuse conjurer; Car riionune impitoyable, et que rien ne désarme. liC frappe pour le voir pleurer I

Mj' Autruche et te Pétican (')

Que vous arrive-t-il, et pourquoi tout ce sang? Disait l'autruche au pélican.

(\) Imitée de Robert Dodsley.

Ktes-vous tombé sous la dent

De quelque bête impitoyable?

— Rassurez -vous ; il n'esl rien de semblable: De mes petits j'ai dû calmer la faim ; Je les nourris du sang qui coule de mon sein. — Que m'apprenez-vous là? Quel excès de démence !

Quoi ! subir pareille souffrance !

De votre vie ainsi prodiguer la moitié.

Pour soutenir à la lumière De petits affamés qui viennent sans pitié

Se gorger du sang de leur mère !

C'est un sacrifice odieux !

Que mon exemple vous profite : Sur le sol avec soin je dépose mes œufs; Je les couvre de sable et je pars au plus vite.

Si le hasard veille sur eux ;

Si , par un destin généreux , Homme ou bête en passant ( et c'est le difficile ) »

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N'écrase leur coque fragile,

Du soleil la féconde ardeur

ILes protège et les fait éclore ;

De mes petits c'est le couveur ;

Ils grandissent . . , si par bonheur

Le caïman ne les dévore.

Les élever et les nourrir.

Le hasard seul s'en charge encore ;

Doivent-ils vivre ou bien mourir.

Le ciel le sait ; moi , je l'ignore.

— Ainsi, répond le pélican.

Tu méconnais cette loi sainte

De s'immoler pour son enfant.

De tout braver, douleur et crainte ; Tu méconnais ce devoir tout-puissant De souffrir pour sauver, de mourir en aimant !

D'un tel devoir sois oublieuse ; De ton repos, ac(iui:ssi lâchement.

Mon âme n'est pas envieuse ; Quand tu quittes le tien , je meurs pour mon enfant ;

Mais tu ne sais pas , malheureuse , Le bonheur que j'éprouve à voir couler mon sang! »

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