PREMIERE PLAINTE
Je nie dessèche sur ma tige; Pour toi , du jardinier tu semblés le trésor;
m LfVRK QUATRIKMK.
Moi, malheureuse, il me néglige; A peine s'il m'arrose encor!
DEUXIEIVI£ PI-AIMTE.
Ce sont là les ordres du maître ; Car il a bien prescrit (j'en rougis sur ma foi !) De ne songer qu'à mon bien-être, De n'avoir de soins que pour moi.
PKEIUIERE Pl.AME.
Mais pourtant je suis belle, et de plus, salutaire :
On me bénit dans ces cantons; Le maître est un ingrat, oublieux de mes dons; J'ai sauvé ses enfants , et j'ai charmé sa mère.
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Ouel est donc enfin, pourliii plaire, Ton mérite?
LE JAUDIIMIER (survenant).
Elle est étrangère.
£r«t Vet'È'e e#« ft'éclte et Itt Chftft'ue.
« Du bœuf le pied pesant me broie :
Cet homme, armé de l'aiguillon .
240 LIVRE QUATHIÈME.
Le presse, l'excite avec joie; Il me brave avec sa chanson!
Stimulant son lourd attelage.
Qui traîne un soc retentissant, Il détruit tout sur son passage:
Et le fer m'ouvre de sa dent !
Ils ont mis à nu mes entrailles ; Ils ont jeté par le chemin Mes bluets et l'arbuste nain , Qui de leurs vivantes murailles Couvraient et protégeaient mon seinî Oh! le fer, le fer! Il pénètre En mes replis les plus profonds ; Et le soleil vient de renaître , M'envoyant ses premiers rayons !
Ils ont ravagé mes bruyères, Et vous, mon sauvage trésor, Frêles boutons, fleurs solitaires,
1,I\HK yUA'nUKMI . Vil
l-'oulé NOS é ta m in es d'or !
Où sont mes mousses verdoyantes Où la rosée , en s'épaiichant, Sous les feux du soleil lavant , De ses larmes étincelantes Laissait tomber le diamant?
Liserons aux fleurs gracieuses, Qui pariez nos âpres sentiers.
Balançant vos tètes joyeuses Près de mes verts genévriers ; Du bœuf le pied pesant vous broie ; Cet homme , aimé de Taiguillon , Le presse, l'excite avec joie ; Il nous brave avec sa chanson ! »
Ainsi parlait le terrain vierge encoiv Que le soc tranchant pénétrait;
Vint Tété; l'épi jaunissait, Et le champ joyeux tressaillait Sous la moisson qui le décore.
Prête tes flancs meurtris au fer du laboureur ; Soufl"re , sol déchiré , tu nourriras le monde ! Ainsi le cœur blessé grandit , et la douleur Est le sillon qui le féconde !