‹ Fables nouvellesChapitre 21 sur 21 · PREMIERE PLAINTE · texte numérisé non relu

PREMIERE PLAINTE

Je nie dessèche sur ma tige; Pour toi , du jardinier tu semblés le trésor;

m LfVRK QUATRIKMK.

Moi, malheureuse, il me néglige; A peine s'il m'arrose encor!

DEUXIEIVI£ PI-AIMTE.

Ce sont là les ordres du maître ; Car il a bien prescrit (j'en rougis sur ma foi !) De ne songer qu'à mon bien-être, De n'avoir de soins que pour moi.

PKEIUIERE Pl.AME.

Mais pourtant je suis belle, et de plus, salutaire :

On me bénit dans ces cantons; Le maître est un ingrat, oublieux de mes dons; J'ai sauvé ses enfants , et j'ai charmé sa mère.

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Ouel est donc enfin, pourliii plaire, Ton mérite?

LE JAUDIIMIER (survenant).

Elle est étrangère.

£r«t Vet'È'e e#« ft'éclte et Itt Chftft'ue.

« Du bœuf le pied pesant me broie :

Cet homme, armé de l'aiguillon .

240 LIVRE QUATHIÈME.

Le presse, l'excite avec joie; Il me brave avec sa chanson!

Stimulant son lourd attelage.

Qui traîne un soc retentissant, Il détruit tout sur son passage:

Et le fer m'ouvre de sa dent !

Ils ont mis à nu mes entrailles ; Ils ont jeté par le chemin Mes bluets et l'arbuste nain , Qui de leurs vivantes murailles Couvraient et protégeaient mon seinî Oh! le fer, le fer! Il pénètre En mes replis les plus profonds ; Et le soleil vient de renaître , M'envoyant ses premiers rayons !

Ils ont ravagé mes bruyères, Et vous, mon sauvage trésor, Frêles boutons, fleurs solitaires,

1,I\HK yUA'nUKMI . Vil

l-'oulé NOS é ta m in es d'or !

Où sont mes mousses verdoyantes Où la rosée , en s'épaiichant, Sous les feux du soleil lavant , De ses larmes étincelantes Laissait tomber le diamant?

Liserons aux fleurs gracieuses, Qui pariez nos âpres sentiers.

Balançant vos tètes joyeuses Près de mes verts genévriers ; Du bœuf le pied pesant vous broie ; Cet homme , aimé de Taiguillon , Le presse, l'excite avec joie ; Il nous brave avec sa chanson ! »

Ainsi parlait le terrain vierge encoiv Que le soc tranchant pénétrait;

Vint Tété; l'épi jaunissait, Et le champ joyeux tressaillait Sous la moisson qui le décore.

Prête tes flancs meurtris au fer du laboureur ; Soufl"re , sol déchiré , tu nourriras le monde ! Ainsi le cœur blessé grandit , et la douleur Est le sillon qui le féconde !

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