‹ Fables nouvellesChapitre 3 sur 21 · LE CHEVAL · texte numérisé non relu

LE CHEVAL

C'est vrai ; mais, insultante et hideuse copie

Tu flétris , sans rien respecter.

Habile imitateur, nomme-moi , je te prie . I"n animal si vil , qu'il cherche à l'imiter !

M^n garantie.

Un vendeur fort accommodant.

Pour le prix le plus ordinaire

28 LiVKi: i»ki:mikr.

Se défaisait il'uii beau cheval normand , Qu'il avait de Falaise emmené nuitamment,

Sans l'avis du propriétaire.

Celui qui se fournit aux dépens du |)rochain

Peut , sans perte , vendre à sa guise ,

Et , content d'un honnête gain , A très-bas prix livrer sa marchandise.

Ainsi fit du cheval l'habile trafiquant. « Le garantissez-vous? » dit l'acheteur prudent ,

Quoiqu'au fond du marché fort aise.

— « Sans doute , » répond-il... , « pourvu que cependant

» Vous ne passiez pas par Falaise ! »

Nous avons plus d'un écrivain Qui des travaux d'aulrui fort lestement s'<'mpare; Qui pille, prend de toute main , Va , fier de ce riche butin ,

i.iMti: i>i;i:>iii i;.

iriiti bien si mal ac(|iiis naïveiridil se parc.

Dilos à CCS geiis-l.i : « Ce vers est-il de vous ?

» (]c(lc peiiscc cst-cllc, on toiil lioiiticur, la volrc?...

» L'anricz-v()us.|);ir niégardc, cmprunlccàquclqu'aiilrc '»

— « Eh! quoi! » rcpondronl-ils sans aigreur, ni courroux .

« Ne sait-on pas quel scrupule est le nùlrc?... » Ces pages sont à moi ! J'en fais ici serment ! » Nul n'alRrmera le contraire.. .

» A moins qu'on n'ait lu cependant » Pascal , Lafontainc ou Molière ! »

léC M'aMVff et te t*ointniet*.

Sous le poids de ses fruits dorés par le soleil Un pommier inclinait sa tète ;

;VJ LIVKI: PHKMII H.

La pomme, au coloris vcrfiieil, Jotichail la roule, heureuse cl lacile coii(|ucle.

Un mendianl passe , s'arrête , Bénit le ciel , qui comble enfin son vœu ;

Sur le fruil , tremblant , il se jette , El séloigne en disant : « Merci , merci , mon Dieu ! »

— « Et moi , qui soutiens la misère , » Ton cœur ingrat m'oublie en sa prière , » Dil l'arbre... « Adore donc celui qui te nourrit! » Mais non; sans me bénir, tu dévores mon fruit ! » — c( Quoi !» dit le mendiant, «lu prétends que lu m'aimes ! » Prouve-moi que d'avance, et par un sage emploi ,

» Un seul de ers fruits que tu sèmes

» Fut à dessein jelé pour moi 1 »

Alors qu'au malheureux notre cu'ur s'intéresse , Nous rehaussons le bien dont il devient l'objet;

Page 1