‹ Fables nouvellesChapitre 7 sur 21 · FIN DU TREMIER LIVRE · texte numérisé non relu

FIN DU TREMIER LIVRE

LITRE DEUZIEKE.

iLiîTii lûSiEaisii

A »non Eiafotêtaiête.

Absent depuis une semaine , Chez moi le voilà revenu ,

Mon aimable et bon Lafontaine!

A mes rayons absents ïhouvenin la rendu!... Mais hélas! cette marge , et si grande et si belle , Où les vers si naïfs s'encadraient noblement ,

Elle a disparu tristement Sous la riche parure où tant d"or étincelle ! Sous cet or qui te couvre , ô mon livre chéri ,

Je regrette tes pages blanches!

Te voilà maintenant comme plus d'un ami... Le cœur , hélas ! devient si rétréci,

Quand l'habit est doré sur tranches!

-^-^>#^è^lS^^^-^^

ir.

L'itnpéi tiett CMetès.

En appreri.inl que l'on projclto I»e lever sur les chiens je ne sais quels impôts

68 LIVIŒ DEl\lEMt:.

La race canine, inquiète, Convoqua , l'autre jour, ses étals généraux.

Très-nombreuse était l'assistance ;

Un boule-dogue présidait.

D'abord à la tribune un vieux barbet s'élance;

Un pur sentiment l'animait;

Dans sa loyale indépendance ,

Il plaida , non sans éloquence, Pour le chien du berger . le chien de l'indigent ;

Il prit chaudement leur défense, Et déclara , tout net , que tout chien malfaisant ,

De l'espèce du président, Devait être à l'impôt soumis de préférence. nÀ V ordre hi cria l-on. Ce houra menaçant

Lui fait sentir son imprudence :

Le boule-dogue était en nombre à la séance.

Sans épuiser ses arguments , Notre barbet décampe ; il prend la clé des champs,

LIVIU; UKlXlkME. (iO

El se sauve à plus d'une lieue.

Laissant un morceau de sa queue Entre les dents de cinq à six volants.

Un formidable chien de chasse , Tout grognant de colère , aussitôt le remplace ;

Après avoir de son audace

Fort blâmé le préopinant , Il vante les vertus qui distinguent la race

De leur illustre président:

Ta soumettre à l'impôt serait un sacrilège ! Il ose demander un égal privilège Pour ses chers compagnons, pour les chiens du chasseur, Dont les mâles travaux , le courage et l'adresse

Secondent avec tant d'honneur

La bourgeoisie et la noblesse.

I! descend , au milieu d'un murmure flatleur.

A la tribune grimpe ensuite

Jl ne Jcvrelte en paletot ,

70 LIVKE DEUXIÈME.

Qui par-dessus les bancs s'élance loul d'un saut. D'un ministre puissant c'était la favorite.

De son discours on n'entend mot ;

Mais elle fil tant de courbettes ,

De culbutes, de pirouettes , Tournant à gauche, à droite, et parlant à la fois,

Qu'on s'écria tout d'une voix :

« Il faut exempter les levrettes.»

Bêle grasse et dodue, au regard patelin , Un griffon lui succède; il venait de l'église; Il arrivait tout droit de Saint-Thomas-d'Aquin ,

Dans le coupé d'une marquise :

« Je viens, dit-il , plaider la cause du griffon. » Veut-on nous dépouiller de la haute influence » Que la faveur publique aujourd'hui nous dispense?

» Cachés dans un soyeux manchon , » Nous suivons la duchesse à la quête, au sermon ; » Et, gr;ke à nous , le chien est admis au salon.

Ijvui; i)i:(;\i i:\ii; 71

)) L'impôt nous proscrirait. (Ihcz le riche, on nous choie;

» Oui; mais plus l'on possède , et mieux l'on sait compter ;

» S'il faut payer le fisc, je cr;iins qu'on nous renvoie.

» A la cour, où pour vous noire zèle s'emploie ,

» Qui pourra vous défendre et vous représenter? »

En hravos redoubles la salle entière éclate ;

A ce hruil si llatîcur, le grillon va s'asseoir;

Chacun vient, à son tour, lui jeter l'encensnii ,

Et ses nombreux amis vont lui serrer la patte.

Notre pauvre barbet, au cœur indépendant ,

Était, comme on le voit, un mauvais politique ,

Et par sa noble philippiquc

S'était fourvoyé grandement.

Car ce qui dominait au sein du parlement , C'était le chien de taille et le roquet du riche , Familier d'antichambre, aux poils soyeux ei blancs.

On ne découvrait sur les bancs

Ni chien de berger, ni caniche.

72 LIVRE DEUXIÈMK.

L'un n'avait pu quitter l'aveugle qu'il guidait ; L'autre au marché voisin entre ses donts |iorlaii

Le panier de la ménagère;

Ami fidèle et vigilant, Celui-là, l'œil au guet, de la pauvre ouvrière

Gardait le logis et l'enfant.

Quant aux chiens de berger, tandis que l'on pérore

Toujours courant, toujours debout, Harcelant le troupeau de l'un à l'autre bout. Ils combattent... Blessés, ils veilleront encore

Sur ceux qu'ils ont sauvés du loup.

Sans eux là-bas on délibère , On s'anime, on s'échauffe, on ment avec fracas. Quand chacun , à son tour, eut discuté l'afTaire ,

Un gros danois, ennuyé des débats , Et qui, faisant tapage, avait , dès l'ouverture,

Dit son avis en aboyant,

Demande à grands cris la clôture,

El se voit appuyé par un cuiicci l l)niyaiil. Aussitôt le scrutin termine la séance , Et par la très-noble assistance L'avis suivant fut adopté :

Il fol à l'unanimité Décidé que le boule-dogue , A l'humeur menaçante et rogne , Au cri farouche, à la terrible dent , De charges et d'impôts devait rester exempt ; Que la meute ardente au carnage , Chère au plaisir du grand seigneur, (Irâce à ce puissant patronage , Méritait la même faveur; Qu'espèces très-recommandables , Animaux de bonnes maisons, l.es levrettes et les griffons, Les épagneuls fashionabics.

Enfin que tout rhien fainéant

Avait des droits incontestables

Aux égards du gouvernement; Que frapper d'un impôt ces classes honorables

Serait les faire déroger ; Qu'un tel abus aurait des suites redoutables , Et que, pour éviter un semblable danger, Le chien dti pauvre et le chien de berger

Étaient les seuls chiens imposables !

Peuple aboyant, rends grâce à tes représentants! Tu connais à la fin les corps délibérants.

■o^Çi^lQ^-o-

jLu Cloche tfl le Ballant.

Par son vacarme élourdissant , Une cloche faisait l'orgueil de son village!

76 MVKi: DKIJXIKMK.

On l'crilcndait de loin... Le curé triomphant Se croyait presque évêque , et roi du voisitiage.

Quand vêpre ou mâtine sonnait.

Ce gros bourdon faisait merveille ;

Le bon villageois . qui passait , Se redressait tout fier.... en se bouchant l'oreille.

Mais un malin qu'a tour de bras , Le sonneur célébrait quelque beau mariage ,

Notre cloche vole en éclats;

Pour les époux triste présage!

Hélas! l'inhabile fondeur,

Ne songeant qu'à faire tapage, Avait mal du battant calculé la grosseur ;

Et, tout joyeux de son ramage,

L'oiseau do fer brisait sa cage !

l'ygmée, enflant la voix pour singer le géant ;

IIVKK DKIIXIKMK. 77

Vous, que le fracas mène au succès du moment ; Jongleur, dont le babil assourdit qui l'approche; Début phénoménal d'un merveilleux enfant ; Hélas ! rien ne survit à votre éclat bruyant , Et le battant brise la cloche !

Mjtê Gi'uppc et tn Sntf,

Au temps des sénéchaux , des baillis, des seigneurs, On volait bien un peu, je le suppose:

80 IJVUK DKLXIKMK.

(Sous d'aulres noms, n'avons nous pas la chose: Juges de paix , maires, gros électeurs , Et puis, comme autrefois, grands et petits voleurs?)

Or, devant un marquis, un seigneur de village. On amenait , un jour, le pauvre et vieil Alain , Atteint et convaincu d'avoir, sur son passage, Sans trop de façons, mis la main Sur la vigne de son prochain.

Monseigneur interroge, et la foule est présente.

Devant le juge tout-puissant.

Le pauvre diable avoue, et tremble en avouant : « Il est vrai , Monseigneur! ma soif était brûlante;

)> La route longue, et la grappe pendante ; » Je cédai ; j'eus bien tort !.. .Je pris un grain , deuxgrains, » Puis trois. . . puis, Monseigneur, je ne veux vous rien taire, » La grappe y passa tout entière;

i.iMîi. hiixiiMi;. «t

» Une grappe, une seule!.. Kt sans aulres desseins, » Je parlais... (ce raisin avait si bonne mine)! » Pour Guillot, mon dernier, je cueillis la voisine... » C'est mal... je suis coupable... — A rougir devant nous » Ta faute te condamne , et c'est assez peut-être; » Je paîrai le dégât...— Merci, merci, mon maître!... — ))Va; ne pèche plus! je t'absous.»

A quelques jours de là , revenant de la chasse. Mourant de soif, suivi de deux ou trois amis , D'aventure Monseigneur passe Devant la vigne, au brillant coloris, Bien digne de tenter et manants et marquis. Lançant au fruit vermeil un œil de convoitise : « Le beau raisin ! dit-il ; et que n'esl-il à moi?., » — Monseigneur plaisante , je croi ; » N'a-t-il pas de sa gourmandise

» Absous ce paysan? — Oui, messieurs, sur ma foi! » Mais la différence est extrême :

» Je jugeais l'autre jour, et j'agis aujourd'hui ; » Je n'excuse pas chez moi-même » Ce que j'absoudrai chez autrui. »

Pour les fautes du pauvre et ses douleurs secrètes, Indulgente justice , appui compatissant !

Mettez ceci sur vos tablettes, Et dites- vous toujours , nosseigneurs d'à présent :

« Que notre âme aux autres pardonne, « Comme si nous étions à pécher toujours prêts;

» Et vivons, comme si jamais

» Nous ne pardonnions à personne! »

Ito, Consuiiaiion.

« Venez, docteur, je suis souffrante...

-Vraiment, belle comtesse?... Oui , la main est brûlante

M LIVHK DEUXIÈME.

Le pouls est vif el l'œil ardent.

— Je sens ma tête qui fermente!..

— Depuis quand ce malaise? — Il me prit à l'instant. J'étais d'un grand dîner... Brillante compagnie!.. J'eus, à table, un vertige, un élourdissement ; D'un singulier transport je me sentis saisie; Je demandai mes gens, el sans cérémonie Dans mon coupé je partis prudemment.

J'arrivai presque en défaillance; Sous moi fléchissaient mes genoux; Sur ce divan l'on me porta, je pense.. . Ce sont les nerfs, docteur!... — Madame, oùdîniez-vous ?

— Chez la marquise de Brignole.

C'est là , je vous l'ai dit, que commença mon mal ' Je riais..., je riais...; j'étais comme une folle!.. Un splendide festin!.. Banquet électoral !. . Nous fêtions le petit Blonval...

Beau député , sur ma parole !..

MVKi; hKlîXlftMi:. 85

Je ris encore !.. Ah ! Dieu ! mes nerfs I Ah ! clier doclcui', C'est une fièvre... une chaleur !..

J'étouffe.... ouvrez celte fenêtre!

— Ce dîner dura trop peut-être; Peut-être aussi cet estomac craii.lif ,

Si délicat , si maladif, Sesera-t-il laissé séduire? ..

— Y pensez- vous, docteur? Mais Ion sait se conduire, Et l'on s'observe!... A |)eiiie une aile de poulet... Puis, j'avais pour voisin un magistrat si laid ,

Il m'ôlait l'appétit!.. M. de Pignolet, Électeur du Poitou , qui mange!., qui dévore !.. Dieu! la tête me tourne, et tout dan^e en ce lieu , Jusqu'à mon magistrat, que je crois voir encore!..

— Madame, avez-vous bu? — Fort peu.

— Mais encore!., voyons!.. Parlez avec franchise.

• — Deux verres de Champagne , un seul de Clos-Vougeot Un de LuncI , un de Chàleau-.Margot...

86 LIVRK DEUXIÈME.

-Eh! madame , vous êtes grise ! »

Un tel aveu sans doute à la belle eût coûté! Chacun hélas! en se jugeant soi même,

Voit rarement la vérité.

Sot orgueil, vanité qui s'admire et qui s'aime,

Pour le fat n'est que dignité ;

La lâcheté devient prudence ; Le mutisme ignorant est un discret silence ; La grossière rudesse est la sincérité ; Le paresseux se dit enclin aux rêveries;

La tendre et facile beauté

Sous le nom de coquetteries Déguise les écarts de sa fragilité.

Ainsi notre faiblesse à nos yeux se pallie;

Et si quelquefois au prochain Nous demandons conseil, ménageant à dessein

MVIiK DKUXIÈMK. 87

Noire fierté qui s'humilie , Nous consultons le médecin , Mais nous taisons la maladie.

JLe chant <ftc Cygne.

A M. le baron (le Sfassart.

Un cygne allait mourir; et la vue attachée Sur le lac transparent, au limpide cristal ,

90 LlVRi: DKIJXIÈME.

Pressentant le moment fatal,

Il disait, la tète penchée, Ce dernier chant du mort, cet hymne du tombeau Qu'exhale, en expirant, le noble et bel oiseau.

Le peuple ailé des bois écoutait sous l'ombrage. Un hibou, sous l'épais feuillage, Exprimait surtout ses transports :

« Oh ! les divins accents! les sublimes accords! »

S'écriait-il; «quelle grâce infinie!

» Et comme de ces chants la suave harmonie » De ce brillant gosier s'épanche sans efforts ! »

— «Qu'est-ce donc? di t un merle , et quel le ardeur l'inspire , » Ce hibou malfaisant, qui ne sait que médire? » Onoi ! par lui le cygne est fêté !... »

LIVRK DEUXlKMi:.

- « Je crois pénétrer le mystère, »

llépond un rossignol ; « je connais le compère !

» Apprenez donc la vérité :

» A son habitude il déroge, » Mais si de lui le cygne obtient un tel éloge ,

» C'est qu'il meurt, quand il a chanté. »

Que le mérite, hélas, ici-bas s'y résigne !

Tous les hibous ne sont pas dans les bois. Au talent qui nous charme accordons-nous les droits

Dont plus tard nous le jugeons digne?

Muets pour les vivants, nous retrouvons la voix

Pour célébrer le chant du cygne.

Eté gt'ntul-fittv Mjénpnltt et te €iatériet*.

Léopold , ce grand-duc que Florence révère , Dont la mémoire encore à la Toscane est chère.

Visitait à Livourne , avec ses courtisans , Un de ces lieux maudits, repaires infamants,

Bagnes hideux , au poison délétère , El qui de nos cités disparaîtront, j'espère ,

Quand la loi, lasse de punir, Aura pris pour devise : amender, prévenir. Léopold , noble cœur, âme digne et sereine , Laissait venir à lui, sans morgue souveraine, Ces êtres dégradés, leur demandant à tous Et quel était leur crime , et quelle était leur peine . Provoquant leurs aveux d'un air clément et doux. Tous se justifiaient : aucun n'était coupable ; Chacun de la justice accusait la rigueur,

Et d'un tribunal implacable

Maudissait la haine ou l'erreur.

Tel effronté coquin , audacieux faussaire , Se disait dépouillé, volé par le prochain; Tel brigand renommé , pris, lescopettc en main .

Se (lisait un ermite, un pieux solitaire , Guiilant les voyageurs sur le bord du chemin. Léopold, entouré de tous ces dignes frères , Se croyait au couvent, et non plus aux galères. Il avise un forçat qui , seul , mangeant son pain , Accroupi sur un banc, et tenant dans sa main Son large pied , tout meurtri de sa chaîne , D'un œil indifférent contemplait cette scène. Léopold , qui sur lui jclte un regard penseur : « Mais toi , qui te tiens là , seul , à l'écart des autres ,

» El si loin (le C(>s bons apôtres , » Réponds-moi , qu'as-tu fait? — Excusez-moi, seigneur; » J'ai mérité mon sort : je suis un grand voleur! »

Vers la foule qui l'accompagne Le duc s'est retourné ; « Sans tarder plus longtemps, » Que ce vaurien soit libre et qu'il sorte du bagne ! » Il gâterait tous ces honnêtes gens ! »

Ce bandit, sans se plaindre, acceplail son supplice; Avouant, devant tous, ce qu'il pensait tout bas , Du prince il méritait la clémente justice :

Car le sincère aveu du vice .

N'est-ce pas la vertu de ceux qui n'en ont pas?

Les tto99.r itrbvefi.

Près de l'église, un cerisier Du vieil et bon curé décorait l'ermitage :

« Je suis le roi de ce village , »

Lui dit un jour le peuplier.

« Au-dessus dU clocher se dresse mon ombrage; ») Tandis que je le vois, inclinant ton feuillage ,

» Vers le sol tristement plier. »

— « Oui , des arbres voisins lu dépasses le faîte, » Dit l'arbre du pasteur ou plutôt du pays. « Tu portes jusqu'au ciel tes rameaux dégarnis ; » Moi , je courbe humblement la tête , » Mais c'est sous le poids de mes fruits. »

Voyez <,e noble front , mûri par la sagesse 1 11 s'incline, pensif, et brille en se cachant.

LIVKi: DEUXIKMK.

'Mi

La lèle vide avec orgueil se dresse; Elle a tout ce qu'il faut pour s'élever :... du vent.

rO-0-00-|$.l8tth(Èè-0 0-0-0-i^

MjC chien «tt$ ffua/te:

Certain quaker très-sobre , au moins en apparence, Ne donnait à son chien qu'une maigre pitance.

Pour le pauvre barbet, qui faisait pénitence,

C'était festin de roi qu'un seul os à ronger.

Un jour que le quaker, au club de tempérance ,

Prêchait le jeûne et l'abstinence , Un savoureux fumet sort du garde-manger. Notre chien n'y tient plus ; argument sans réplique , La faim parle... A l'assaut du buffet diabolique Il s'élance, et, tout prêts pour un repas d'amù (l),

Il voit rangés en ordre symétrique Gâteaux , pâtés de choix , volailles et perdrix. Quel spectacle pour l'œil d'un barbet famélique! La dent s'en mêle, hélas! Dans ce riche butin Le pauvret prend sa part, et peut enfin lui-même Savourer le plaisir extrême

( i) On sait i]ue l'associalioii des ijuakcrs se nomme aussi la sociélc (les amis.

Do laisser, à son tour, un os pour le prochain.

Soudain la porte s'ouvre ; on entre ; c'est le maître.

A terre il voit épars les débris du festin ,

El le chien tout penaud , qui cherche à disparaître ,

Confus, traînant la queue, et l'œil tout patelin.

« Je ne te battrai point, » dit notre digne frère ,

D'un regard froid et calme accablant le larron ;

« Je ne te battrai point ; notre morale austère

» Même envers tes pareils me défend la colère.

» Un autre te ferait périr sous le bâton ;

» Un autre , pour le moins , te mettrait à la chaîne ;

» Moi , je veux , pour unique peine ,

» Te donner un mauvais renom. »

A ces mots , il le chasse , et dans le voisinage

Il répand le bruit imposteur Que le pauvre animal est atteint de la rage;

La nouvelle au loin se propage,

Semant l'alarme et la terreur :

On poursuit notre chien; on le Iraque, on l'assomme, £t ia clémence du sainl homme Punit de mort notre voleur.

Craignez du fourbe qui s'irrite Les dehors bénins et cléments !

Le plus cruel des châtiments, C'est le pardon d'un hypocrite.

Mj'nuiaÈ'tlv (').

Une outarde se désolait

De ne pouvoir quitter la terre ;

(i) Imitée de l'espagnol d'Yriarle.

IO(i >,IVm<: DKUXIKMK.

Cliaijue oiseau qui ilans l'air volait Redoublait de son cœur l'envieuse colère.

Notre outarde dépérissait, De douleur, au moral (entendons-nous, de grâce), Car sa riche santé n'en portait nulle trace, Et , pour comble de maux , la pauvrette engraissait, Plaçant tout son espoir en des enfants qu'elle aime,

Elle excitait ses rejetons, Et leur montrait le ciel !... Trop dignes d'elle même Nos petits oulardeaux , par un effort suprême ,

S'épuisaient en grotesques bonds.

« J'aurai , dit-elle enfin , une vaillante race » Qui fendra l'air... Mes envieux diront : » L'outarde a des enfants qui planent dans l'espace. » Oui , seraient-ils bâtards , mes petits voleront! » Aussitôt notre oiseau commence un grand pillage, Et dans les nids des environs Kxerce un clandestin ravage :

i.ivuK i)i:i \ii;mi:. 107

OKufs (le [tcrdrix, (l'cmcrillotis ,

De bouvreuils, au riche plumage.

De linottes et de pinsons ,

De rouges-gorges , de pigeons , Tout abonde en son nid, merveilleux assembla^o , El la fauvette en germe éclôt près des aiglons. Tout ne vint pas à point dans l'étrange couvée;

Elle eut aussi ses jours de deuil ; Mais plus d'une aile ardente , et de race éprouvée . Fit honneur à l'outarde, et la remplit d'orgueil. Cet orgueil la perdit: On* répand à la ronde. Parmi le peuple-oiseau , que la mère féconde Veut qu'on vienne admirer ses rejetons brillants. On y vient; niaishélas! dans la foule indignée , Chacun , reconnaissant, emmenant sa lignée , Laisse à l'outarde... ses enfants!

108 IJVRR DKUXTÈME.

Barbouilleurs éternels , ce récit vous regarde! Vos fabuleux produits se réduiraient à rien, . Si chacun reprenait son bien Parmi les enfants de l'outarde.

M^a béqwiite de Siante^QuiMi.

C'était le règne de ce prêtre En qui Rome eut un pape et Tunivers un maître ;

no I.IVHE DKrxiEMK.

Au Vatican , au fond d'un grenier ténébreux ,

Un majordome, à la sainte livrée, Trouve, gisante à terre, à l'écart retirée,

Une béquille au bois poudreux ,

Qu'il heurte d'un pied dédaigneux.

Le bois murmure , il tressaille , il s'anime : « Respecte-moi, dit-il , se soulevant soudain. J'ai fait le pape ! — Toi ! — Moi-même. . . et ton dédain

Réveille un courroux légitime , Car j'ai donné le sceptre au pontife romain. Quand ce grand Sixte-Quint feignit avec adresse

Et l'âge et la caducité ,

Je soutins sa fausse vieillesse

Et sa menteuse infirmité.

Plus d'un vote douteux par moi fut emporté; Ces rusés cardinaux , le voyant mon esclave ,

Croyaient convoquer un conclave,

i£n lui (loniiatil la papauté.

Page 1