‹ Fables nouvellesChapitre 8 sur 21 · I.IVRK Di:UXII3IE. III · texte numérisé non relu

I.IVRK Di:UXII3IE. III

A peine élu , l'ingral me jette et m'abandonne; Il me renie; il paie une couronne Par l'ingratitude et l'oubli !

— Et de toi que pouvait-il faire ?

— Me garder, m'honorer, c'eût été mon salaire.

— Pour toi , c'était fort bien ; c'était gênant pour lui.

— Mais , j'y pense , en son cœur il m'appelle peut-être ; Hclève-moi; va me rendre à ton maître;

Il sera tout joyeux de me voir aujourd'hui.

— Je m'en garderai bien , ma chère !

Le saint homme est frais et dispos ; On le dit même un peu colère ;

Il le briserait... sur mon dos. »

Cela dit, de son pied dans l'ombre la plus noire Il pousse le bâton qui fit un jour l'histoire.

Les Sixte-Quint . [tclils ou grands,

De leur pouvoir brisent les instruments; Us sont tous de même famille :

Ce qu'on choyait hier, on l'écarté aujourd'hui. Quand on n'a plus besoin d'appui , Qui se souvient de sa béquille ?

Mj'iMattttne et le !¥otn.

Certain sot anobli, vain , comme de raison , De sa très-douteuse noblesse ,

114 (IVRK DRUXIEMK.

Comparaissait, avec son frais blason, Uevant un magistrat cité pour sa finesse.

Malgré son ordinaire aplomb,

Le plaideur semblait au supplice ; Sommé de se nommer, comme on fait en justice, Il disait son nom seul , et taisait son prénom : «Leprénom?ditlejuge.— Eh! pourquoi tant d'affaire?.. Quand je me suis nommé?... — Nommé?pastouiàfait. Il faut que le prénom... — Est-ce donc nécessaire?...

— Très-nécessaire, s'il vous plaît.

— Mais... — Pointdemais.» Notre homme, à bout desublerfug Dit enfin tout penaud : «Avoine de Sablon. »

— « Je savais bien , répond le juge , Qu'il mangeait la moitié du nom. »

Un sol toujours , malgré lui , se décèle Il reste sot; rien ne peut le grandir.

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Mais qu'un noble cœur se révèle, Les plus simples dehors ne sauraient l'avilir.

L'homme en lui-même a sa grandeur réelle : Il ne doit de son iium ni s'etdier, ni rougir.

E,e Etion d'AfriQue.

' A mon ami , Antoine Etei.

Non loin des murs d'Oran résonnait le clairon ; La fanfare joyeuse appelait l'escadron.

Le lion s'est dressé dans sa sonnbre tanière ; Le léopard lui dit : « Entends-tu ? C'est la guerre ; L'intrépide Gérard (I) va fouiller le vallon. Toi, notre unique espoir, notre force dernière, N'accepte pas la lutte meurtrière,

Car tu n'as pas de rejeton.

Si du vaillant chasseur la balle te moissonne , Si tu tombes , s«*iglant , sous le fer et le plomb ,

Qui nous commandera ? — Personne !

Je ne veux pas de rejeton ! J'ai vu du grand désert la terrible lionne

Mettre au jour un enfant craintif, Se courbant sous la main qui l'emmenait captif. S'il faut que du lion la majesté s'abaisse ,

(0 On a cru pouvoir placer ici le nom du célèbre tueur de lions de l'armée d'Afrique, en qui se personnifie l'héroïsme aventureux du chasseur.

LIVRi: DKCJXlKMi:. 11!»

Puisse périr jusqu'à son nom!

Oui , que plutôt ma race à Jamais disparaisse.

Que de voir trembler un lion ! »

Il dit, et , dès le soir, de la sombre colline Un fier rugissement ébranle les échos.

Dernier roi du désert, son sang coule à grands flots, El le fer de Géra ri I laboure sa poitrine.

Du nom que vous portez prendre si peu de soins ! Vous, que pour la noblesse en tous lieux l'on renomme, Ne point vous marier ! — Eh bien , ma race au moins Finira par un honnête homme.

Mt'Anon ei Me JPouiain.

-ci©o-

« Unissons nos enfants, » dit un jour une ànesse A sa voisine, la jument.

1?^' ijvi'.r: DEOxiKMi:.

, « Qu'ils soient amis , dès leur jeunesse ; Ils gagneront tous deux à ce rapprochement. Quel plaisir de les voir ensemble grandissant!

J'en pleure déjà de tendresse!

Je puis vous le dire entre nous:

Mon ânon a bonne tournure ; Voire poulain prendra son air modeste et doux ; De votre fils le mien imitera l'allure.

Vous ferai-je un aveu complet?

Votre hennissement me plaît , Et je voudrais le voir passer dans ma famille. J'aime aussi , par instants, votre maintien coquet, Et ce feu généreux qui dans votre œil pétille.

De son côté, près de son compagnon, Le cher poulain pourra , dans mainte occasion , Nous prendre ce secret, dont chacun s'émerveille, De secouer la tête, en allongeant l'oreille. » Ce séduisant tableau fit céder la jument :

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