FABLE XX
L'Oiseau-mouche et le Chêne.
Un petit oiseau-mouche aux deux ailes d'ébène, A la' gorge de pourpre et d'or, Prenant dans les airs son essor,
Vint s'abattre jo}-eux sur la cime d'un chêne.
Dans le même moment un grand souffle passa Qui courba l'arbre et le cassa.
L'oiseau, tout étonné, rouvrit son aile vive Avec un gai bourdonnement, Et s'écria naïvement :
" Je regrette, crois-moi, le malheur qui t'arrive ; J'aurais pourtant dû me douter Que tu ne pouvais me porter."
Plus d'un, comme cet oiseau-mouche, Pense écraser tout ce qu'il touche, Qui n'a de grand, en vérité, Que son extrême vanité.