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FABLE LXXVI

Le Cygne.

Dans la nappe d'or d'un fleuve paisible, A l'heure où s'en va le bac du pêcheur, Un cygne mirait, fier de sa blancheur, En se balançant, son galbe flexible; Puis autour de lui des cercles nouveaux Toujours s'éloignant sur les claires eaux. Traçaient tour à tour comme une auréole. Un poisson jaloux, prenant la parole, Aux autres poissons dit en le voyant :

"Souffrirons-nous donc dans notre domaine Ce fier étranger au col ondoyant ?

Son vol l'apporta que son vol l'emmène; Il est un oiseau, non pas un poisson.

— Qu'il s'en aille loin ! " dit à l'unisson, Le cœur menaçant des poissons gfcupides,

Et tous contre lui s'élancent alors.

Le cygne ouvre, ému, ses ailes rapides Et vole en chantant jusque sur les bords.

" De quel droit viens-tu ? dit un quadrupède, Sortant irrité de l'ombre des bois; Je ne souffre pas qu'on me dépossède; Va-t-en dans les airs."

Le cygne, aux abois, Nagea dans l'air pur et dans la lumière, Modullant encore un soupir divin.

Alors tout à coup, la tête première, D'un nuage noir fondit l'aigle vain :

" Descendis, lui dit-il, tu n'es pas des nôtres ! Sur le sol haï souvent tu te vautres Comme l'animall qui ne vole pas; Comme un vil poisson tu nages, <toi cygne, Et tu prends dans l'eau tes joyeux ébats. Descends, ou, vois-tu, j'appelle d'un signe, Pour te foudroyer mes sujets de l'air."

Le cygne s'enfuit au fond du ciel clair. . .

Parmi nous, hélas ! souvent le génie A même destin que le cygne doux ; Il sème, en fuyant, des flots d'harmonie Sur les oublieux et sur les jaloux.

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