‹ FablesChapitre 12 sur 59 · LES POISSONS ET LE HÉRON · texte numérisé non relu

LES POISSONS ET LE HÉRON

Un héron chargé d'ans et dont les yeux débiles

Pouvaient à peine au fond de l'eau Distinguer du poisson les bataillons agiles, Les prit par un moyen aussi fin que nouveau. Il alla se poster au bord d'une rivière Et fit le pied de grue en regardant l'eau claire

Jusqu'à ce qu'un poisson Vint se montrer, enfin il vit un carpillon Jouant à la sm-face : " Eh ! mon jeune compère,"

Lui cria-t-il d'une voix familière, " Approchez-vous de moi ; voyons, n'ayez pas peur. " J'accours vous informer d'une affreuse nouvelle : *' Tenez,... j'en tremble encore... onm'a dit qu'un pêcheur '* Aidé de ses enfans, viendra dans sa nacelle

** Avant huit jours vous prendre tous..."

Le carpillon, plein d'épouvante, De courir raconter la nouvelle accablante. Voilà tous les poissons consternés, quasi fous !.. On s'assemble, on discute, on parle... mais que faire ?.. Mille avis aussitôt sont donnés, puis bannis. Enfin on décida que la gent poissonnière Remercîrait ce brave et bon donneur d'avis, Et que le cai-pillon irait à l'instant même Demander humblement s'il ne connaissait pas

Quelque adroit stratagème

Qui pourrait les tirer du terrible embarras.

" Cher carpillon, je connais plus d'un leurre,

"En souriant répondit le héron.

" Le mieux à faire en cette occasion,

" Sans contredit, c'est changer de demeure.

" J'ai voyagé beaucoup dans ce pays

" Et je sais un endroit tranquille " Où vous trouverez un asile

" Sans que jamais vous risquiez d'être pris. " Allez-y, croyez-moi, décampez au plus vite." [vous?.." — "Décamper,... mais comment?... De grâce, expliquez- — " La chose est bien facile. Ecoutez : que de suite " Poissons petits et grands abandonnent leurs trous.

" Avec mon bec, sur la surface,

" Je les saisirai tour à tour

" Pour les mener à l'autre place.

"N'est-ce pas clair comme le jour?...

Les poissons, bonne gent, de louer sa finesse ; Ce fut alors à qui passerait le premier. Le brave et bon héron riant de leur simplesse. Un à un les porta gaîment dans son vivier, Et vécut assez vieux pour croquer le dernier.

Peuple ! si tu scrutais les avis qu'on te donne

Tu pourrais voir le plus souvent La ruse et l'intérêt briller au premier rang : Cf^r en faux conseillers notre monde foisonne !..

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