‹ FablesChapitre 13 sur 59 · LE PORTRAIT PARLANT · texte numérisé non relu

LE PORTRAIT PARLANT

Un digne campagnard, bonhomme un peu coquet, S'était fait peindre un jour, et tout fier de l'ouvrage Fit assembler chez lui ses amis du village Pour avoir leur avis à propos du portrait : " Voyons, dit-il, parlez; surtout point de contrainte... " Sont-ce bien là mes traits ?... Croyez-vous que c'est

[moi ?..." — " Bon Dieu ! dit alors l'un, la figure est mal peinte,

'' Ce n'est pas plus vous que le roi. " Votre peintre est un sot, un rapin misérable

" Qui jamais ne sut le dessin.

'* Vous êtes blanc comme satin,

" Vous voilà plus noir que le diable...." — " Mais voyez donc ces yeux, crie un autre, vraiment " Ils sont tout de travers.... Ce nez n'est pas le vôtre.... " Vous l'avez très petit, il l'a fait plus que grand ;

" Je crois qu'il vous prit pour un autre..." Un troisième à son tour pensa d'autre façon Et renchérit encor sur l'avis du deuxième.

Tant et si bien qu'au quatrième Le digne campagnard avait l'air d'un ourson !... Mécontent, désolé de leur décision.

Notre homme va frapper chez le peintre au plus vite Et lui conte l'affaire, épargnant toutefois

Ce qui blessait trop son mérite.

" Quels sots !... dit ce dernier, ce sont des maladroits " D'une crasse ignorance en dessin et peinture. *' Tenez, pour le prouver, à l'aide d'un couteau " Otons pour un instant la tête du tableau

" Et placez y votre figure.

" Qui rira, nous verrons." Ainsi dit, ainsi fait. Voilà nos connaisseurs d'une espèce nouvelle Réunis de nouveau vis-à-vis du portrait Et dégoisant de même. — " Ah ! mes sots sans cervelle, " S'écria le portrait s'animant tout-à-coup, " Vous aviez critiqué tout au long la peinture,

" Je vous ai cru, j'étais bien fou, " Car aujourd'hui, manants, vous blâmez la nature !..."

A quoi bon raisonner avec de sottes gens Qui ne veulent voir ni comprendre.

Lorsqu'on ne peut s'en faire entendre.

Il vaut bien mieux pour soi srarder ses argmnents.

LE FANFARON mS À SA PLACE,

Un certain fanfaron, après un long voyage, Tout aussi sot qu'avant, revint dans son pays, C'était un vi'ai plaisir d'écouter son langage.

Il avait gagné cent paris.

Un cerf, pour ce coureur, n'était qu'une toiinie : A Rhode, un certain jour, il avait fait un saut

De quatre à cinq cents pieds de haut.

— " Si tu veux, beau sauteur, que ta fable soit crue,

" Lui dit un vieillard en nant,

** Il faut le prouver à l'instant.

'' Tiens... monte sur ce toît et saute dans la rue. *' Nous te croirons alors plus léger qu'un oiseau. *' Eh bien ! pourquoi rester planté comme mi poteau ?..." Voilà mon fanfaron au pied de la muraille. Il ne sait que répondre, il a l'air hébété,.... Chacun alors de rire ; on le siffle, on le raille, Même par les enfants il est moqué, hué.

Souvent, que trop souvent, nous voyons dans le monde

Des personnages sots faire les fanfarons.

Ils ont tout vu, tout fait, tant ici qu'à la ronde ;

Ce sont des imposteurs, des faquins, des poltrons...

Je les hais pour ma part et que Dieu les confonde!...

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