‹ FablesChapitre 20 sur 59 · LE PÊCHEUR ET LE GOUGEON · texte numérisé non relu

LE PÊCHEUR ET LE GOUGEON

Un vieux pêcheur dans son filet Avait pris un gougeon. — " Oh ! laissez-moi la vie, " Bon, excellent ami, dit-il, je vous en prie

" Voyez si je suis maigrelet.

•' Tout mon coi-ps fait à peine une mince bouchée, " Attendez l'an prochain, alors j'aurai grandi, " Par pitié, lâchez-moi !...." — „Tout beau ! mon étourdi, '* Mon âme à tes discours ne se sent pas touchée, " Car si je te lâchais tu m'ir|is de ce pas " Informer la famille

" De mes filets, de mes appâts...

*' Je ne suis pas si sot !... pour arriver à mille " On commence par un, et je sais qu'un oiseau " Que l'oiseleur retient prisonnier dans ses mailles " A bien plus de valeur que dix dans les broussailles."

Un gougeon dan^ la main vaut un brochet dans l'eau.

NAUFEAGE DE SIMONIDE.

Sans doute c'est beaucoup que d'avoir des richesses, Mais ce n'est pas assez. Il faut, je pense, encor Pouvoir joindre l'esprit même à d.es monceaux d'or. Bien fol est qui se fie aux perfides promesses

De l'aveugle et changeant Plutus !

N'a-t-on pas vu souvent — vérité singulière —

Un homme s'endormir Crésus,

Et se réveiller Bélisaire ?

Par mon récit, je vais montrer

Que la Fortune est inconstante, Et que l'homme d'esprit toujours peut la braver.

En voici la preuve éclatante :

Simonide en chantant la gloire des lutteurs, Parcourut tour à tour les villes de l'Asie.

Enfin lorsque l'or des vainqueurs L'eut rendu deux fois riche, il lui prit fantaisie

De retourner dans son pays.

Il était, (nous dit-on) né dans l'ile de Cée, Et dût, par conséquent, faire la traversée Par mer. Il s'embarqua. Mais les vents ennemis,

Sur un roc jettent le navire.

Il y reste cloué. Les flots vont le détruire. . . .

Chacun se croit perdu chacun pousse des cris. .

C'est à qui saisira son précieux bagage. —

Simonide lui seul ne se charge de rien,

— •' Que ne t'efforces-tu de sauver du naufrage

" Quelque chose au moins de ton bien ? " Lui dit un passager le voyant immobile. — •• Cher ami, répond-il, je fais peu cas de l'or, '' Dans ceanoment surtout, je le crois inutile ;

" Je porte en moi mon vrai trésor." Cependant, au plus vite, on se jette à la nage.

Plus d'un périt. Le reste des nageurs, Mais en bien petit nombre, aborde sur la plage ;

Lorsqu'une bande de voleurs

Venant compléter leur détresse.

Arrache à chacun ses écus

Et sur le rivage les laisse Nus.

Que faire ? Où diriger une course incertaine ? . . Où se montrer ainsi? Nos pauvres naufragés

Sont tous au plus découragés.

Par bonheur, ils étaient proches de Clazomène.

Ils y vont. Un riche savant Que du grand Simonide admirait les poèmes,

Chez lui le reçoit à l'instant.

Le poète se voit comblé de soins extrêmes, Et de nu qu'il était, il a linge, or, logis,

Les autres compagnons du sage.

Echappés au naufrage Mendièrent partout du pain et des habits !

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