‹ FablesChapitre 53 sur 59 · LA VIE HUMAINE · texte numérisé non relu

LA VIE HUMAINE

Une fois, du haut d'un nuage,

Au milieu d'un petit ruisseau

Vint tomber une goutte d'eau.

Hélas ! que triste est mon partage !

Avant de périr s'écria La pauvre gouttelette.

Mais le ruisselet se moqua Des cris de la pauvrette :

A quoi bon s'occuper des misères d'autrui,

Vraiment on aurait bien à faire ; Tout en pensant ces mots, l'indifférent aussi

Vint à tomber dans la rivière :

O ciel ! qui l'aurait cru, dit-il en gémissant.

Un ruisseau de ma taille Se voir anéantir aussi facilement

Qu'un misérable brin de paille !

Le fleuve cependant continuait son cours, — Trop hautain pour répondre, — emportant avec rage

Tout ce qui barrait son passage ; Mais voilà que la mer l'engouffre pour toujours, Lui, le grand fleuve aux nombreux tributaires

Tout comme la goutte d'eau Et le ruisseau.

Homme ! reconnais-toi dans ces trois caractères. Tu n'es rien que la goutte en sortant du néant,

Le niisselet te représente enfant ; Le fleuve, c'est bien toi : toi, dont l'âme inquiète Roule mille projets, fruits de la vanité,

.Jusqu'à ce que la Mort t'arrête

Aux portes de l'éternité !...

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