XVL — LE COURSIER ET L'ABRICOTIER
Amaigri par la faim, criblé paria mitraillé.
Loin des camps se traînait un cheval de bataille.
• Adieu, gloire stérile, adieu, sanglants lauriers!
Désertant les combats et les feux meurtriers,
Vivons paisiblement au sein des pâturages ;
Affronte qui voudra les périls et la mort;
Je vais me reposer sous ces riants ombrages... »
n dit, il se couche et s*endort.
Dans un endos du voisinage,
Un abricotier sans feuillage Vers la terre courbait ses rameaux mutilés.
« De ceux qui de mes dons s'en retournent combli^a
Est-ce là la reconnaissance î De mai quand reviendront les fécondes chaleurs, J'appellerai les rents qui, servant ma vengeance, Arracheront mes fruits en arrachant mes fleurs. Plus je fus généreux, plus je veux être avare!... •
Ainsi parlait l'abricotier.
Mais tout à coup une fanfare Retentissant au loin réveille le coursier.
Qui se lève, hennit, agite sa crinière, Et galope, docile au belliqueux appel...
Mais sur Tarbre bientôt la brise printanière Fait éclore des fleurs plus douces que le miel.
Eh bien ! pour venger ses injures, Secoua-t-il son front, appela-t-il le vent?
Renonçant à la haine, oubliant ses blessures. L'abricotier donna ses trésors comme avant.
XVn. — L'HERMINE ET LE BAT.
Sur un terrain rocailleux Vivaient le rat et l'hermine ; Bientôt ils furent tous deux Menacés de la faraino.
LIVIIE VL 103
De son trou le rat sortant, Dit à sa blanche compagne : .
• Vois, par delà cet étang, Comme est riche la campagne; De ïermes, d'arbres, d*olseaux Et de fruits elle est couverte.
Suis-moi, traversons les eaux ç Dans notre lande déserte La faim nous accablerait.
— Quoi I dit rhèrmine, il faudrait Me salir à cette fange?
-* Eh ! qu'importe, si Ton mange I...
— Non, dit-elle, en vérité !
Vart-en, je veux rester pure î Ah I plutôt la pauvreté
Et la mort qu'une souillure !