XIX. — LA TRUFFE ET LA POMME DE TERRE
A la pomme de terre on voulait marier La truffe ; mais craignant de se mésallier.
Celle-ci, d'une voix altière.
S'écria : « Moi, m'associer
A cette vile roturière !
Moi, qui règne aux festins du riche et du gourmet, Avoir pour compagnon cet être sans noblesse.
Unir son goût maussade à mon divin fumet !
Ah ! ce manque d'égards me confond et me blesse. Allez aux champs, ma mie, allez aux carrefours
Nourrir le peuple, vos amours... 9 La parmentière Alors reprit :
« Il ne te convient pas d'être avec moi si fière. Car nous sommes deux sœurs qu'un même sol nourrit; Oui, J'en fais vanité si tu m'en fais un crime.
Celui que la misère opprime A moi Jamais vainement n'eut recours.
4e pourrais, te rendant offense pour offense/
Te reprocher les vilains tours Qu*à plus d'un estomac, qu*à mainte conscience... Mais chut! tu me comprends, Et plus que toi je serai charitable. ,
Tu méprises le pauvre et recherches les grands... Je suis utile à tous : n'est-ce pas préférable? »