‹ FablesChapitre 122 sur 247 · XIX. — LA TRUFFE ET LA POMME DE TERRE · texte numérisé non relu

XIX. — LA TRUFFE ET LA POMME DE TERRE

A la pomme de terre on voulait marier La truffe ; mais craignant de se mésallier.

Celle-ci, d'une voix altière.

S'écria : « Moi, m'associer

A cette vile roturière !

Moi, qui règne aux festins du riche et du gourmet, Avoir pour compagnon cet être sans noblesse.

Unir son goût maussade à mon divin fumet !

Ah ! ce manque d'égards me confond et me blesse. Allez aux champs, ma mie, allez aux carrefours

Nourrir le peuple, vos amours... 9 La parmentière Alors reprit :

« Il ne te convient pas d'être avec moi si fière. Car nous sommes deux sœurs qu'un même sol nourrit; Oui, J'en fais vanité si tu m'en fais un crime.

Celui que la misère opprime A moi Jamais vainement n'eut recours.

4e pourrais, te rendant offense pour offense/

Te reprocher les vilains tours Qu*à plus d'un estomac, qu*à mainte conscience... Mais chut! tu me comprends, Et plus que toi je serai charitable. ,

Tu méprises le pauvre et recherches les grands... Je suis utile à tous : n'est-ce pas préférable? »

Page 1