XVL — LE CHANT DU CYGNE
Dans son nid de roseaux le cygne allait mourir. Voilà les campagnards empressés d*accourir Pour admirer ce chant d*une douceur extrême
Que, selon la tradition.
Fait entendre le cygne à son heure suprême.
Jugez de la déception Que bientôt éprouva l'agreste aréopage :
L'oiseau, péniblement poussant un cri sauvage. Vit s'éteindre avec lui sa réputation.
Plus d'une gloire est usurpée; Plus d'un cygne en impose à la foule trompée. Tel dont les chants jamais ne furent entendus Profite des honneurs réservés au génie :
On en voit, exploitant leurs talents prétendus» Arriver à l'Académie.
XVn. — LA BUCHE ET LE CHARBON.
Au sein de l'âtre, en hiver.
Une bûche de bois vert De pleurs inondait la cendre.
Poussait de longs soupirs, de longs gémissements Un charbon, lassé de l'entendre.
Lui dit :tPoarqaoi ce bruit? Voisqueissontmes tourments! Répond-elle. — En voyant les pleurs dont tu t'abreuves^
Reprend le charbon, Je conclus Que tu subis ici tes premières épreuv :
Mais moi J'ai tant souffert que Je ne pleure plus, i
XVnL — L'ARMURE ET LE LIVRE, â M. £dodabd granger.
L'autre Jour, dans vos ateliers Je m'égarai, lisant votre recueil de fables*
De l'armure des chevaliers S'échappèrent soudain des rires formidables.
Casques, cuirasses et brassards.
Cottes de mailles et cuissards, Hetentissant, disaient : « Pourquoi l'artiste habile Qui sut ressusciter les tournois valeureux
Perd-il des instants précieux A noircir le papier de son encre futile?
Lorsque sous les feux du soleil Nous irons resplendir d'un éclat sans pareil,
Pauvre recueil, dans la poussière
Tu resteras enseveli.
Sous une enveloppe grossière
Tu dormiras dans ton oubli... n Et moi, Je répondis pour le livre modeste i
« Ah I l'artiste, Je vous l'atteste, N*a pas perdu son temps; si d'un adroit burin On Ta vu façonner et le fer et l'airain, 'N'a-t-il pas évoqué, d'une âme poétique, ^«s préceptes sacrés de la sagesse antique ?
IGG FABLES.
Ses vers, sortant bientôt de leur obscurité, Brilleront, comme vous, â*un éclat mérité. ^