‹ FablesChapitre 199 sur 247 · XV. — LE MAT DE COCAGNE · texte numérisé non relu

XV. — LE MAT DE COCAGNE

Au milieu d'une place où la foule se presse

Le mât de Cocagne est planté.

Pour atteindre le but ardemment souhaité Vingt rivaux lutteront de vigueur et d'adresse. De la base au sommet un savon étendu Éloigne encor le prix dans les airs suspendu. Mais contre cet obstacle une ruse s'emploie : Une cendre subtile aplanira la voie.

Le premier, de la lutte entendant le signal, Des mains, des pieds s'uttache à l'arbre colossal*

Il s'agite, il sue, il se lasse

Et tombe ; un second le remplace.

Après de longs efforts, le second redescend.

L'œil fixé vers le but où chacun d'eux aspire. Tous rendent, chaque fois, le chemin moins glissant. Plus haut que ses rivaux un dernier s'avançant- Vers le sommet mobile et s'arrête et respire ; Pour l'objet de ses vœux longuement il soupire ;

La cendre encor fait son devoir...

Hélas ! avec sa force il voit fuir son espoir; Un autre, plus heureux, franchissant la distance, Vers le but désiré parvient sans résistance.

Ainsi, Inhumanité cherche un bonheur lointain

Qui va se perdant vers la nue.

Par le siècle qui meurt la conquête obtenue Est du siècle naissant Théritage certain.

Frères, nous saisirons, — Tespérance est permise, La douce récompense à nos efforts promise.

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