XV. — LES SAUVAGES ET LE ViOLON
Porté par l'Océan vers un peuple sauvage,
Un virtuose allait sur le rivage, Son violon en main, pour calmer ses ennuis. '
On l'entendait, toutes les nuits, Faire éclater son âme en notes gémissantes, En accents belliqueux. Soûs ses doigts, tour à tour, Retentissaient la guerre et la paix et l'amour. Sa pensée inspirait les cordes frémissantes.
Pour la première fois les échos d'alentour Redisaient de tels sons. La peuplade, attentive, Se tenait en extase et l'oreiUe captive.
Un soir qu'il s'était endormi Près de son instrument, son trésor, son ami,
Les sauvages lai dérobèrent
Un confident si précieux, Et triomphalement sur un trône portèrent Ce fétiche de bois, ce roi mélodieux, Pour leur bonheur, sans doute, envoyé par les dieus. « II. sait, certainement, les choses qu'il imite Avec tant d'harmonie et tant de vérité.
Donnons-lui, dirent-ils, un pouvoir sans limite; It réalisera tout ce qu'il a chanté. »
Ils comprirent bientôt leur méprise grossière.
Et, tout confus, dans la poussière
Ils lancèrent sa majesté.
L'un d'eux, de la connaître avide.
L'examinant à fond, la trouva creuse et vide.
De tout être il ne faut exiger, croyez-moi.
Que ce qui sied à sa nature.
Du violon chez nous, trop souvent, sur ma foi,
Se renouvelle l'aventure.
Parce qu'un homme chante ou fait de beaux discours,
On le croit profond politique.
Etes- vous orateur ou poëte ou critique,
Vous deviendrez, un de ces jours.
Ministre, ambassadeur, agent diplomatique
Peuple, dans celte erreur tomberas-tu toujours ?