LE MIROIR
Tel fuit, plein d'épouvante, un fantôme impuissant^ Qui se prend de lui-môme au piège caressant.
« Allons cueillir les grains, disent les alouettes ;
lux champs, depuis le jour, vont les bergeronnettes. Et les laboureurs sont partis :
Point de retard, quittons les nids !... »
IIVRE II. 29
Et voilà nos oiseaux d*aller et de s'ébattre. Et d'exhaler vers Dieu leurs naïves chansons ;
Et voilà la troupe folâtre De récolter pour elle et pour ses nourrissons. Mais parmi les voleurs qui vient jeter Talarme ? Pourquoi, tout effarés, vont-ils se dispersant? C'est qu'on voit dans la plaine un monstre menaçant
Dont chaque bras brandit une arme...
Or, ce monstre, objet de terreur, »
Ce n'est qu'un mannequin paisible.
De paille et de lambeaux assemblage risible, Épouvantail planté par quelque laboureur.
Mais lorsqu'ainsi fuyaient toutes les alouettes, Un verre éblouissant, prisme fascinateur, Les séduit, les captive, et nos beUes coquettes Dans le miroir Veulent se voir.
Tandis qu'autour du verre, imprudence funeste! l'oumaient les oisillons, tournaient les pauvres fous, Le fusil d'un chasseur les tua presque tous.
Un filet dans ses nœuds emprisonna le reste.