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VI. — MÉDOR

Efflanqué, souflOreteux, constamment enchaîné, Médor dans son chenil hurlait -comme un damné.

Quand près de lui chacun passeet repasse,

Tous à Tenvi savent le fustiger; Mais aucun ne lui donne un seul os à ronger.

Pourquoi? — C'est que Médor n'est pas de bonne race. C'est qu'il n'a pas le poil assez fin, assez beau. Le maître pour Azor réserve les caresses, Les morceaux délicats, les soins, les gentillesses ;

Médor a les coups pour cadeau.

Le maître, armé d'un fouet, gagne un jour le tonneau Où notre paria traîne son existence :

« Je m'en vais, lui dit-il, t'étriller d'importance,

Et payer dignement ton infernal sabbat. »

Disant ces mots, il le bat, il le bat, Tant que son pauvre -dos n'est plus qu'une blessure. Mais de sa chaîne enfin Médor se délivrant

S'élance au cou de son tyran, Et lui fait à la face une large njorsure.

Les domestiques accourant Vont délivrer leur maître et saisir le coupable. Chacun s'efforce alors d'inventer un tourment Capable d'expier ce crime abominable.

« Il faut le fusiller, dit quelqu'un... — Doucement t 11 faut l'écorcher vif... — Non pas, il faut le pendre... »

C'est un bruit à ne plus s'entendre.

Mais un voisin leur dit : « Amis, assurément Vous auriez évité ce triste événement.

Si vous aviez voulu, du chien brisant la chaîne,

Lui ménager un meilleur sort.

Or« maintenant, quelque genre de mort

Que lui prépare votre haine, Je soutiendrai toujours que seuls vous avez tort. Car vous pouviez en faire un serviteur fidèle. Et vous n'en avez fait qu'un esclave insoumis, n

Chez nous un crime est-il commis.

Tous nos législateurs, se piquant d'un beau zèle, Forgent cent lois pour le punir :

Que font-ils pour le prévenir?...

Vir. — LE MAQUIGNON, L'ANE ET LE BCEUF.

Un jour, par certain maquignon Un baudet fort chétif est conduit à la foire.

Notre roussin, 8*il faut en croire Le portrait séduisant fait par son compagnon. Est un âne accompli : « Voyez, il est mignon !

Il est robuste, il fait merveilles !

Gomme ses pieds sont beaux ! comme son poil est fin.!..

— On sait m'apprécier enfin, Dit Tàne, en redressant ses deux longues oreilles l

Mon maître est juste; honneur à lui! »

Un bœuf, tout près de là, se lassant de l'entendre: • De louanges, dit-il, 8*il t*accable aujourd'hui,

Cest que ton maître veut te Tendre. »

Sot auteur d'un sot livre, enfin tu viens à bout De te faire éditer, et voilà que partout.

Par l'annonce et par la réclame.

Comme un génie on te proclame ; De la littérature on te dit le soleil.

Tu prends ce bruit déclamatoire

Pour la trompette de la gloire.

Et tu vois dans ton œuvre un trésor sans pareil •• Eh bien ! ton éditeur, s'il faut qu'on te le dise. Pour s'en débarrasser, vante sa marchandise.

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