XVII , LE CYGNE ET LES CËUFS DE TOURTERELLE
Privés de Taile maternelle.
Seuls dans le nid restaient des œufs de tourterelle : Quelque vautour, sans doute, avait passé par là !
Heureusement, le cygne, qui les trouve.
Au sein de ses roseaux les emporte et les couve. L'officieux canard en ces mots lui parla :
« Voisin, délaissez cette engeance ; De votre bienfaisance
Savez-vous quel sera le prix T Ces orphelins, par vous élevés et nourris,
Saas égard pour vos soins et pour votre tendresse
Loin de ces lacs iront, un jour, Roucouler dans les bois leur éternel amour.
Laissez-les; c'est l*avis qu'un ami vous adresse, * Le noble oiseau répond : «Moi par leur liberté
Je voudrais payer ma bonté !
Je voudrais les lier par la reconnaissance, Entraver leurs penchants, contrarier leurs vœux !.., Si je les ai sauvés et s'ils vivent heureux, . J'ai reçu, croyez-moi, toute ma récompense. «
XVm. — LE HIBOU PROFESSEUR.
Maître hibou, professeur émérite, Philosophe poudreux vanté pour son mérite, Donnait sous un ormeau de savantes leçons.
A l'envi chaque mère au docte personnage
Envoyait ses chers nourrissons.
En tout de nos pédants il adoptait l'usage.
Il veut faire de l'âne un maestro fini,
Un rival de Tamburini ;
A demoiselle l'araignée
La poésie est enseignée ;
Le coq, émule de Jean Bart, Doit un jour, à travers les flots et la tempôte. Enrichir son pays de plus d'une conquête ;
Et le cygne, nouveau Bayard, Acquerra noblement, dans les rangs de l'armée,
La fortune et la renommée.
Leurs cours étant finis, les voilà tous classés Selon les plans divers imposés par le maître. Le baudet, sur la scène ayant osé paraître.
Fila les sons moelleux que vous lui connaissez,
Si bien qa*à coups de gaule on vous l'envoya paître; L'insecte, pour forger de pitoyables verà, S'étant imprudemment mis la tête à l'envers,
Périt de honte et de misère ; Le coq mourut de peur sur un vaisseau de guerre; Le cygne, au premier feu, désertant les drapeaui. Se sauva dans un lac, au milieu des roseaux.
Eh bien ! si, bravement abdiquant la routine, Le maître avait compris avec sagacité Leur instinct, leur penchant et leur capacité, Du moulin toujours T&ne eût porté la farine ; * Le coq loin de la mer eût montré sa valeur ;
L'araignée eût tissé des toiles ; Le cygne sur la mer eût dirigé ses voiles, Et chacun dans sa sphère eût goûté le bonheur...