‹ FablesChapitre 44 sur 247 · II. — LE LABOUREUR · texte numérisé non relu

II. — LE LABOUREUR

D*un terrain rocailleux maudissant la culture,

Guillot laisse ses bœufs errer à l'aventure, .

Brise et rejette au loin l'impuissant aiguillon,

S'assied, désespéré, sur un triste sillon,

Et dit : « Je ne veux plus, sur un sol infertilet

Supporter les sueurs d'un labeur inutile ;

l)ans ces champs de cailloux, de ronces hérissés,

Vingt bœufs, avant le soir, tomberaient harassés ;

Puis, les oiseaux du ciel, avant qu'ils soient en herbe.

Dévoreront les grains par ma main dispersés,

Et, plus tard, la tempête et les vents courroucés

Ne me laisseront pas récolter une gerbe... »

Aussitôt un passant, qui l'avait entendu,

Vient lui rendre en ces mots l'espoir qu'il a perdu :

• Tu t'imposas, sans doute, une pénible t&che ;

Eh bien ! jusqu'à la fin poursuis-la sans relâche ;

Arrache, chaque jour, avec acharnement.

Les ronces, les cailloux qui causent ton tourment,

Et tu verras, malgré les oiseaux et l'orage,

S)'abondantes moissonste payer ton courage... »

Vous qui de l'avenir creusez les vastes champs. Et semez du progrès la semence céleste.

Si plus d'un épi meurt sous le pied des méchants. De l'incrédulité si le souffle est funeste,

UVI.E m. 4 s

Sachez d'an dur labeur vaincre les longs ennuis ; Par la persévérance enfantez des prodiges.

De grandes vérités mûriront sur leurs tiges, Dont les peuples un jour recueilleront les fruits.

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