‹ FablesChapitre 57 sur 247 · XIV. — M. JOBARD ET LE NUAGE · texte numérisé non relu

XIV. — M. JOBARD ET LE NUAGE

M. Jobard, brave et digne bourgeois.

Un de ces bons rentiers que le Marais engraisse, Un dimanche matin secoua sa paresse; Le doux soleil de mai réveillait à la fois Les rentiers dans leurs lits, les oiseaux dans les bois. Notre homme à son bonheur tout entier s'abandonne, Et sort pour visiter les poudreux boulevards,

L'Ârc-de-Triomphe, la Colonne,

L'Obélisque et le Champ-de-Mars.

La gloire parle haut dans le cœur des Jobards. Quelqu'un lui dit : « Voyez, le temps est à Toringe;

Prenez un parapluie, ou vous n*êtes pas sage. » Le conseil était Juste et le danger pressant^ Car un nuage épais et menaçant S'élevait alors dans l'espace.

• Ce n'est, répond Jobard, qn*une vapeur qui passe. • Et le voilà courant pour voir son beau Paris Geint de frais boulevards et de jardins fleuris. Il va; mais tout à coup de la nue enflammée Tombent le feu, la pluie, et mon pauvre héros S'en retourne confus et trempé jusqu'aux os.

Depuis, se méfiant de la moindre fumée.

Et quoique l'horizou fût pur de tout brouillard, Il sortait chaque jour armé d'un lourd riflard.

Lecteurs, n*a-t-on pas vu plus d'un haut personnage^ Inhabile à prévoir maint politique orage.

Prendre, quand le danger n'existait déjà plus, ' Mille précautions, mille soins superflus?

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