I. — L'ENSEIGNE DE CABARET
Devant un cabaret ces mots étaient écrits :
Aujourd'hui vous paîre^ te pain^ le vin, la viande t
Demain vous mangerez gratis,
Janot, que l'enseigne affriande,
Dit : «Aujourd'hui je n'entre pas :
11 faudrait payer la dépense ; Mais demain je vais faire un si fameux repas Que le cabaretier s'en souviendra, je pense. •
Le lendemain, on voit entrer Janot Qui va se mettre à table et s'écrie aussitôt :
« Servez vite, maître Grégoire !
Servez ! jusqu'à la nuit je veux manger et boire ! Apportez du meilleur ; je suis de vos amis ! »
A peine le couvert est mis Qu'il faut voir mon Janot des dents faire merveilles. Et vider bel et bien les plats et les bouteilles. S'étant lesté la panse, il se lève galment.
Et sans cérémonie il regagne la porte. Mais Grégoire rappelle et lui dit brusquement s « Mon brave! iX faut payer avant que l'on ne sorte!
— Vous riez, dit Janot, vraiment, Et la plaisanterie est forte ; Vous deviez aujourd'hui, si je m'en souviens bien, Nous servir à dîner pour rien...
— Oh ! répond l'hôtelier, votre erreur est extrême, Car je dis aujourd'hui ce qu'hier je disais : Regardez, tous les jours mon enseigne est la même.
— Vous ne m'y prendrez plus, dit l'autre, désormais, Et vous ne m'eussiez pas leurré par un vain cOnte,
Si j'avais su qu'à votre compte Demain si^nïMi jamais.