LE LIÈVRE ET LA TORTUE
Rien ne sert de courir; il faut partir à point : Le lièvre et la tortue en sont un témoignage.
Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point Si tôt que moi ce but. Si tôt? ètes-vous sage?
Hepartit l'animal léger :
ftla commère, il faut vous purger
Avec quatre grains d'ellébore. —
Sage ou non , je parie encore.
Ainsi fut fait; et de tous deux
On mit près du but les enjeux.
Savoir quoi , ce n'est pas l'affaire ,
Ni de quel juge l'on convint.
Notre lièvre n'avait que quatre pas à faire : J'entends de ceux qu'il fait lorsque, prêt d'être atteint, Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux calendes',
Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter.
Pour dormir, et pour écouter D'où vient le vent, il laisse la tortue
Aller son train de sénateur.
Elle part, elle s'évertue,
Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire,
Tient la gageure à peu de gloire,
I. A'j.'s calendes greccmes. C'étaient les Romains, et non les Grecs, qui avaient des cakndes dans leur calendrier: et cette expression les calendes grecques, pour signiQer nt! terme on un temps indéCni, quoique empruntée à la langiie de l'érudition, est devenue populaire.