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LE VILLAGEOIS ET LE SEIÎP[:NV

Ésope conte qu'un manant ,

Charitable autant que peu sage ,

Un jour d'iiiver se promenant

A l'entour de son héritage, Aperçut un serpent sur la neige étendu , Transi, gelé, perclus, immobile rendu,

N'ayant pas à vivre un quart d'heure.

Le villageois le prend, l'emporte en sa demeure; Et, sans considérer quel sera le loyer '

D'une action de ce mérite,

Il retend le long du foyer.

Le réchauffe, le ressuscite.

L'animal engourdi sent à peine le chaud, Que l'àme lui revient avecque la colère. Il lève un peu la tête, et puis siffle aussitôt; Puis fait un long repli, puis tâche à faire un saut Contre son bienfaiteur, son sauveur, et son père. Ingrat, dit le manant, voilà donc mon salaire ! Tu mourras ! A ces mots, plein d'un juste courroux , Il vous prend sa cognée , il vous tranche la bête ;

Il fait trois serpents de deux coups,

Un tronçon , la queue , et la tète.

L'insecte, sautillant cherche à se réunir;

Mais il ne peut y parvenir.

Il est bon d'être charitable :

Mais envers qui? c'est là le point.

I. La récompense. Ce mot est encore en usage en poésie dans ce sens; et Voltaire a iU Très— peu de gré, mille traits de satire. Sont le loyer de quiconque ose écrire.

Éinlre à la duchesse dii Maine.

152 FABLES D\L LA FONTAITHi:.

Quant aux ingrats, il n'en est point Qui ne meure cnlin misérable.

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