‹ Fables. Précédées d'une noticeChapitre 121 sur 304 · LE CUEVAL ET L ANE · texte numérisé non relu

LE CUEVAL ET L ANE

En ce monde il se faut l'un l'autre secourir : Si ton voisin vient à mourir, C'est sur toi que le fardeau tombe.

Un àne accompagnait un cheval peu courtois,

1. Ce mot est pris ici dans son ancien sens, et signifie un jjaysan, un habitant des campagnes il ne se prend plus qu'en mauvaise part.

Celui-ci ne i orlaiit que son simple harnois,

El le pauvre baudet si chargé qu'il succombe.

Il pria le cheval de l'aider quelque peu;

Autrement il mourrait devant qu'ètic à la ville.

La prière, dit-il, n'en est pas incivile :

Moitié de ce fardeau ne vous sera que jeu.

Le cheval refusa, fit une pétarade;

Tant qu'il vit sous le faix mourir son camarade, Et reconnut qu'il avait tort.

Du baudet en cette aventure On lui fit porter la voilure, El la peau par-dessus encor.

LE CHIUN Ql'I LACHE SA PROIE POUR L'oSliîZg.

Chacun se trompe ici-bas :

On voit courir après l'ombie Tant de fous, qu'on n'en sait pas, La plupart du temps, le nombre.

Au chien dont parle Ésope il faut les renvoyer.

Ce chien voyant sa proie en l'eau représentée , La quitta pour l'image , et pensa se noyer. La rivière devint tout d'un coup agitée; A toute peine il regagna les bords.

Et n'eut ni l'ombre ni le coi'ps.

XVIH.

LE CUARTIER EMBOURBÉ.

Le Phaéton d'une voiture à foin Vil son char embourbé. Le pauvre homme était loin De tout humain secours : c'était à la campagne, Près d'un certain canton de la basse Bretagne,

Page 1