LIVRE SIXIEME. 1Ô
La belle avait un père, homme prudent et sage;
Il laissa le torrent couler.
A la fm , pour la consoler .
Ma fille , lui dit-il , c'est trop verser de larmes : Qu'a besoin le défunt que vous noyiez vos charmes? Puisqu'il est des vivants, ne songez plus aux morts.
Je ne dis pas que tout à l'heure
Une condition meilleure
Change en des noces ces transports; Mais après certain temps souffrez qu'on vous propose Un époux beau, bien fait, jeune, et tout autre chose Que le défunt. Ah! dit-elle aussitôt,
Un cloître est l'époux qu'il me faut.
Le père lui laissa digérer sa disgrâce.
Un mois de la sorte se passe ; L'autre mois on l'emploie à changer tous les jouis Quelque chose à l'habit, au linge, à la coiffure :
Le deuil enfin sert de parure ,
En attendant d'autres atours.
Toute la bande des Amours Revient au colombier, les jeux, les ris, la danso,
Ont aussi leur tour à la fin :
On se plonge soir et matin
Dans la fontaine de Jouvence.
Le père ne craint plus ce défunt tant chéri ; Mais comme il ne parlait de rien à notre belle :
Où donc est le jeune mari
Que vous m'avez promis? dit-elle.
130 FABLKS DK LA FOINTAIISE.