‹ Fables. Précédées d'une noticeChapitre 13 sur 304 · LE LOUP ET LE CHIEN · texte numérisé non relu

LE LOUP ET LE CHIEN

Un loup n'avait que les os et la peau ,

Tant les cliicns faisaient bonne garde.

Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que beau, GraS; poli', qui s'était fourvoyé par mégarde.

L'attaquer, le mettre en quartiers,

Sire loup l'eût fait volontiers ;

Mais il fallait livrer bataille;

Et le matin était de taille

A se défendre hardiment.

Le loup donc l'aborde humblement; Entre en propos, et lui fait compliment

Sur son embonpoint, qu'il admire.

Il ne tiendra qu'à vous, beau sire.

D'être aussi gras que moi, lui repartit le chien.

Quittez les bois, vous ferez bien :

Vos pareils y sont misérables;

Cancres, hères, et pauvres diables.

Dont la condition est de mourir de faim. Car, quoi! rien d'assuré! point de franche lippéeî

Tout à la pointe de l'épée !

Suivez-moi, vous aurez un bien meilleur destin. Le loup reprit : Que me faudra-t-il faire? Presque rien, dit le chien : donner la chasse aux gens

Portants bâtons, et mendiants; Flatter ceux du logis, à son maître complaire :

3Ioyennant quoi votre salaire .Sera force reliefs^ de toutes les façons,

Os de poulets, os de pigeons;

Sans parler de mainte caresse.

Le loup déjà se forge une félicité

1 Le mot poli se pT'end ici aa simplî , »l signifie luiïact Je graisse.

Page 1