LES DEUX MULETS
Deux mulets cheminaient, l'un d'avoine chargé,
L'autre portant l'argent de la gabelle.
Cemi-ci, glorieux d'une charge si belle, N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé.
11 marchait d'un pas relevé,
Et faisait sonner sa sonnette ;
Quand l'ennemi se présentant.
Comme il en voulait à l'argent , Sur le mulet du fisc une troupe se jette.
Le saisit au fi-ein , et l'arrête.
Le mulet, en se défendant.
Se sent percer de coups; il gémit, il soupire. Est-ce donc là, dit-il, ce qu'on m'avait promis? Ce mulet qui me suit du danger se retire;
Et moi j'y tombe, et je péris!
Ami , lui dit son camarade , 11 n'est pas toujours bon d'avoir un haut emploi Si lu n'avais servi qu'un meunier, comme moi ,
Tu ne serais pas si malade.
28 FABLtS DE LA FOKTAINE.