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LIVRE SEPTIÈME. IG

Le vivre et le couvert : que faut-il davantage? Il devint gros et gras : Dieu prodigue ses biens

A ceux qui lont vœu d'être siens.

Un jour, au dévot personnage

Des députés du peuple rat S*en vinrent demander quelque aumône légère :

Ils allaient en terre étrangère Chercher quelque secours contre le peuple chat ,

Ratopolis' était bloquée :

On les avait contraints de partir sans argent,

Attendu l'état indigent

De la République attaquée.

Ils demandaient fort peu , certains que le secours

Serait prêt dans quatre ou cinq jours.

Mes amis, dit le solitaire, Les choses d'ici-bas ne me regardent phis :

En quoi peut un pauvre reclus

Vous assister? que peut-il faire Que de prier le ciel qu'il vous aide en ceci? J'espère qu'il aura de vous quelque souci.

Ayant parlé de celte sorte ,

Le nouveau saint ferma sa porte.

Qui désigné-je, à votre avis, Par ce rat si peu secourable ?

Un moine? Non, mais un dervis :

Je suppose qu'un moine est toujours charitable.

le HEP ON.

Un jour, sur ses longs pieds, allait, je ne sais où, Le héron au long bec emmanché d'un long cou. Il côtoyait une rivière.

l. Mot composé , qui signifie ville des rai).

I(î8 FABLES DE LA FOiMAINE

L'onde était transparente ainsi qu'aux plus beaux jours; Ma commère la carpe y faisait mille tours

Avec le brochet son compère.

Le héron en eût fait aisément son profil : Tous approchaient du bord; l'oiseau n'avait qu'à prendre.

Mais il crut mieux faire d'attendre

Qu'il eût un peu plus d'appétit :

Il vivait de régime , et mangeait à ses heures. Après quelques moments l'appétit vint : l'oiseau ,

S'approchant du bord, vit sur l'eau Des tanches qui sortaient du fond de ces demeures Le mets ne lui plut pas ; il s'attendait à mieux ,

Et montrait un goût dédaigneux

Comme le rat du bon Horace.

Moi, des tanches! dit-il; moi, héron, que je fasse Une si pauvre chère ! Et pour qui me prend-on ? La tanche rebutée, il trouva du goujon. Du goujon! c'est bien là le diner d'un héron ! J'ouvrirais pour si peu le bec! aux dieux ne plaise! Il l'ouvrit pour bien moins : tout alla de façon

Qu'il ne vit plus aucun poisson.

La faim le prit : il fut tout heureux et tout aise

De rencontrer un limaçon.

Ne soyons pas si difficiles :

Les plus accommodants, ce sont les plus habiks, On hasarde de perdre en voulant tiop gagno .

Gardez-vous de rien dédaigner, Surtout quand vous avez à peu près votie conii)ie. Bien des gens y sont pris. Ce Ji'cst pas aux hérons Que je parle: écoutez, humains, un autre conte; Vous verrez que clicz vous j'ai puisé ces leçons.

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