‹ Fables. Précédées d'une noticeChapitre 15 sur 304 · LA BESACE · texte numérisé non relu

LA BESACE

Jupiter dit un jour : Que toui ce qui respire

S'en vienne comparaître aux pieds de ma grandeur :

Si dans son composé quelqu'un trouve à redire,

II peut le déclarer sans peur;

Je mettrai remède à la chose.

Venez, singe; parlez le premier, et pour cause Voyez ces ani^maux, faites comparaison

De leurs beautés avec les vôtres.

Étes-vous satisfait? 3Ioi, dit-il; pourquoi non? N'ai-je pas quatre pieds aussi bien que les autres? Mon portrait jusqu'ici ne m'a rien reproché : Mais pour mon frère l'ours , on ne l'a qu'ébauché ; Jamais, s'il me veut croire, il ne se fera peindre. L'ours venant là-dessus, on crut qu'il s'allait plaindre Tant s'en faut : de sa forme il se loua très-fort; Glosa sur l'éléphant, dit qu'on pourrait encor Ajouter à sa queue, ôter à ses oreilles; Que c'était une masse informe et sans beauté.

L'éléphant étant écouté.

Tout sage qu'il était, dit des choses pareilles :

Il jugea qu'à son appétit

Dame baleine était trop grosse.

Dame fourmi trouva le ciron trop petit.

Se croyant, pour elle, un colosse.

Jupin les renvoya s'étant censurés tous. Du reste, contents d'eux. Mais parmi les plus fous Notre espèce excella ; car tout ce que nous sommes , Lynx envers nos pareils, cl taupes envers nous. Nous nous pardonnons tout, et lien aux autres hommes On se voit d'un autre œil qu'on ne voit son prochain.

Le fabricateur souverain

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