‹ Fables. Précédées d'une noticeChapitre 153 sur 304 · CN ANIMAL DANS LA LUNE · texte numérisé non relu

CN ANIMAL DANS LA LUNE

Pendant qn'un philosophe ^ assnre Que toujours par leurs sens les hommes sont dupés , Un autre philosophe^ jure Qu'ils ne nous ont jamais trompés.

Tous les deux ont raison ; et la philosophie Dit vrai quand elle dit que les sens tromperont Tant que sur leur rapport les hommes jiigeront ,

Mais aussi, si l'on reclilie L'image de l'objet sur son éloignement, Sur le milieu qui l'environne , Sur l'organe et sur l'instrument, Les sens ne tromperont personne.

La nature ordonna ces choses sagement : J'en dirai quelque jour les raisons amplement. J'aperçois le soleil : quelle en est la figure? Ici-bas ce grand r.orps n'a que trois pieds de tour; Mais si je le 'foyais là-haut dans son séjour, Que serait-ce à mes yeux que l'œil de la nature? Sa dislance ine fait juger de sa grandeur; Sur l'angle et les côtés ma main la détermine. L'ignorant le croit plat; j'épaissis sa rondeur : Je le rends immobile; et la terre chemine. Bref, je démens mes yeux en toute sa machiîie : Ce sens ne me nuit point par son illusion. Mon âme , en toute occasion ,

1. Le chevalier Paul Néal, un des membres de la Société royale de Londres, crut avoir aperçu au travers de son télescope un éléphant dans la lune; mais on découvrit bientôt q\v^ cet éléphant n'était qu'une souris qui s'était glissée entre les deux verres du télescope. C'' fait suggéra à La Fontaine, sur les erreurs de nos sens, des ré /lésions philosophiques auxquelles il lui a plu de donner le titre de fable

'2. Démocrite.

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