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LE HAT ET L ELEPHANT

Se croire un personnage est fort commun en France : On y fait l'homme d'importance, Et l'on n'est souvent qu'un bourgeois. C'est proprement le mal français :

La sotte vanité nous est particulière.

F^es Espagnols sont vains, mais d'une autre manière : Leur orgueil me semble, en un mot, Beaucoup plus fou, mais pas si sot.

Donnons quelque image du nôtre.

Qui sans doute en vaut bien un autre.

Un rat des plus petits voyait un éléphant

Des plus gros, et raillait le marcher un peut lent

De la bête de haut parage ,

Qui marchait à gros équipage.

Sur l'animal à triple étage

Une sultane de renom,

Son chien, son chat et sa guenon , Son perroquet, sa vieille, et toute sa maison ,

S'en allait en pèlerinage.

Le rat s'étonnait que les gens Fussent touchés de voir celte pesante masse . Comme si d'occuper ou plus ou moins de place Nous rendait, disait-il, plus ou moins importants! Mais qu'admirez-vous tant en lui, vous autres hommes? Serait-ce ce grand corps qui fait peur aux enfants? Nous ne nous prisons pas, tout petits que nous sommes,

D'un grain moins que les éléphants.

Il en aurait dit davantage ;

Mais le chat, sortant de sa cage.

Lui fit voir en moins d'un instant

Qu'un rat n'est pas un éléphant.

On rencontre sa destinée Souvent par des chemins qu'on prend pour l'éviter.

Un père eut pour toute lignée Un fils qu'il aima trop, jusques à consulter

Sur le sort de sa géniture

Les diseurs de bonne aventure.

Un de ces gens lui dit que des lions surtout Il éloignât l'enfant jusques à certain âge;

Jusqu'à vingt ans, point davantage.

Le père, pour venir à bout D'une précaution sur qui roulait la vie De celui qu'il aimait, défendit que jamais On lui laissât passer le seuil de son palais. Il pouvait, sans sortir, contenter son envie, Avec ses compagnons tout le jour badiner,

Sauter, courir, se promener.

Quand il fut en l'ùge où la chasse

Plaît le plus aux jeunes esprits,

Cet exercice avec mépris

Lui fut dépeint; mais, quoi qu'on fasse,

Propos, conseil, enseignement,

Piien ne change un tempérament.

Le jeune homme, inquiet, ardent, plein de courage, A peine se sentit des bouillons d'un tel âge ,

Qu'il soupira pour ce plaisir.

Plus roljslacle était grand, plus fort fut le désir. Il savait le sujet des futaies défenses; Ut comme ce logis, plein de magnificences,

Abondait partout en tableaux.

Et que la laine et les pinceaux

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