LIVRE HUITIÈME
Traçaient de tous côtés chasses et paysages,
En cet endroit des animaux,
En cet autre des personnages , Le jeune homme s'émeut, voyant peint un lion : Ah ! monshe ! cria-t-il ; c'est toi qui me fais vivre Dans l'ombre et dans les fers ! A ces mots il se livre Aux transports violents de l'indignation ,
Porte le poing sur l'innocente bête.
Sous la tapisserie un clou se rencontra :
Ce clou le blesse, il pénétra Jusqu'aux ressorts de l'àme ; et cette chère tête, Pour qui l'art d'Esculape en vain fit ce qu'il put. Dut sa perte à ces soins qu'on prit pour son salut.
Même précaution nuisit au poëte Eschyle. Quelque devin le menaça, dit-on,
De la chute d'une maison.
Aussitôt il quitta la ville.
Mit son lit en plein champ, loin des toits, sous les cieux. Un aigle , qui portait en l'air une tortue. Passa par là, vit l'homme, et sur sa tète nue. Qui parut un morceau de rocher à ses yeux.
Étant de cheveux dépourvue.
Laissa tomber sa proie , afin de la casser : Le pauvre Eschyle ainsi sut ses jours avancer.
De ces exemples il résulte Que cet art, s'il est vrai, fait tomlier dans les maux
Que craint celui qui le consulte ; Mais je l'en justifie , et maintiens qu'il est faux.
Je ne crois point que la Nature Se soit lié les mains, et nous les lie encor Jusqu'au point de marquer dans les cieux notre sort :
Il dépend d'une conjoncture
De lieux, de personnes, de temps; Non des conjonctions de tous ces charlatans. Ce berger et ce roi sont sous même planète;
L'un d'eux porte le sceptre, et l'autre la houlette.
Jupiter' le voulait ainsi.
Qu'est-ce que Jupiter? un corps sans connaissance.
D'où vient donc que son influence Agit difféiemmcnt sur ces deux hommes-ci? Puis comment pénétrer jusques à notre monde? Comment percer des airs la campagne profonde ? Percer Mars, le Soleil, et des vides sans fin? In atome la peut détourner en chemin : Où riront retrouver les faiseurs d'horoscope?
L'état où nous voyons l'Europe - Mérite que du moins quelqu'un d'eux l'ait prévu : Que ne l'a-t-il donc dit? Mais nul d'eux ne l'a su. L'immense éloignement, le point et sa vitesse,
Celle aussi de nos passions,
Permettent-ils à leur faiblesse De suivre pas à pas toutes nos actions ? Notre sort en dépend : sa course cntresuivie Ne va, non plus que nous, jamais d'un même pas;
Et ces gens veulent au compas
Tracer le cours de notre vie !
Il ne se faut point arrêter Aux deux faits ambigus que je viens de conter. Ce fils par trop chéri, ni le bonhomme Eschyle, N'y font rien : tout aveugle et menteur qu'est cet art, Il peut frapper au but une fois entre mille;
Ce sont les effets du basard.