‹ Fables. Précédées d'une noticeChapitre 185 sur 304 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

Et de plus, il nous faut nager contic le vent. Buvons toute cette eau; notre gorge altérée En viendra bien à bout : ce corps demeurera

Bientôt à sec, et ce sera

Provision pour la semaine.

Voilà mes chiens à boire : ils perdirent l'haleine,

Et puis la vie ; ils firent tant

Qu'on les vit crever à l'instant.

L'homme est ainsi bâti : quand un sujet l'enflamme. L'impossibilité disparaît à son àme.

Combien l'ait-il de vœux, combien perd-il de pas, S'outrant ' pour acquérir des biens ou de la gloire !

Si j'arrondissais mes États !

Si je pouvais remplir mes coffres de ducats ! Si j'apprenais l'hébreu , les sciences , l'histoire !

Tout cela , c'est la mer à boire ;

Mais rien à l'homme ne suffit.

Pour fournir aux projets que forme un seul esprit. Il faudrait quatre corps; encor, loin d'y suffire, A mi-chemin je crois que tous demeureraient : Quatre Mathusalem bout à bout ne pourraient

Mettre à fin ce qu'un seul désire.

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