LIVRE NEUVIÈME
A ces mots, en pleurant, ils se dirent adieu.
Le voyageur s'éloigne : et voilà qu'un nuage
L'oblige de chercher retraite en quelque lieu.
[]n seul arbre s'offrit, tel encor que l'orage
Maltraita le pigeon en dépit du feuillage.
L'air devenu serein, il part tout morfondu.
Sèche du mieux qu'il peut son corps charge de phiic;
Dans un champ à l'écart voit du blé répandu.
Voit un pigeon auprès : cela lui donne envie ;
Il y vole, il est pris : ce blé couvrait d'un lacs
Les menteurs et traîtres appâts.
Le lacs était usé; si bien que, de son aile. De ses pieds, de son bec, l'oiseau le rompt en(iu : Quelque plume y périt, et le pis du destin Fut qu'un certain vautour, à la serre cruelle. Vit notre malheureux, qui, traînant la ficelle Et les morceaux du lacs qui l'avait attrapé.
Semblait un forçat échappé.
Le vautour s'en allait le lier*, quand des nues Fond à son tour un aigle aux ailes étendues. Le pigeon profita du conflit des voleurs , S'envola, s'abattit auprès d'une masure.
Crut pour ce coup que ses malheurs
Finiraient par celte aventure; Mais un fripon d'enfant (cet âge est sans pitié) Prit sa fronde, et d'un coup tua plus d'à moitié
La volatile malheureuse , Qui, maudissant sa curiosité,
Traînant l'aile et tirant le pied ,
Demi-morte, et demi-boiteuse.
Droit au logis s'en retourna :
Que bien , que mal , elle arriva
Sans autre aventure fâcheuse.
Voilà nos gens rejoints; et je laisse à juger De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines.
1. Terme de fauconneiie. » Lier se dit lorsque le faucon enlève en l'air sa proie dan» M ses serres, ou lorsque l'ayant assommée il la lie de ses serres, et la tienî 3 terre, n
Amaiils, heureux amants, voulez-vous voyager?
Que ce soit aux rives prochaines.
Soyez-vous l'un à l'autre un monde toujours beau,
Toujours divers, toujours nouveau; Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste. J'ai quelquefois aimé : je n'aurais pas alors ,
Contre le Louvre et ses trésors , Contre le firmamen t et sa voûte céleste ,
Changé les bois , changé les lieux Honorés par les pas, éclairés par les yeux
De l'aimable et jeune bergère
Pour qui , sous le fils de Cythère , Je servis , engagé par mes premieis serments. Hélas ! quand reviendront de semblables moments ! Faut-il que tant d'objets si doux et si charmants Me laissent vivre au gié de mon âme inquiète ! Ah ! si mon cœur osait encor se renflammer ! Ne sentirai-je plus de charme qui m'arrête?
Ai-jc passé le temps d'aimer?