‹ Fables. Précédées d'une noticeChapitre 199 sur 304 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

La longueur de ce iil , sinon je les tiens sûrs

De quelque semblable caresse.

Vous n'êtes point trompé; ce fou vend la sagesse.

l'huître et les plaideurs.

Un jour deux pèlerins sur le sable rencontrent Tnc huitre, que le flot y venait d'apporter : lis l'avalent des yeux, du doigt ils se la montrenl; A l'égard de la dent il fallut contester. L'un se baissait déjà ponr amasser la proie ; L'autre le pousse, et dit : Il est bon de savoir

Qui de nous en aura la joie.

Celui qui le premier a pu l'apercevoir En sera le gobeur; l'autre le verra faire.

Si par là l'on juge l'affaire, Reprit son compagnon, j'ai l'œil bon. Dieu merci.

Je ne l'ai pas mauvais aussi, Dit l'autre; et je l'ai vue avant vous, sur ma vie. Hé bien ! vous l'avez vue , et moi je l'ai sentie.

Pendant tout ce bel incident, Perrin Dandin ' arrive : ils le prennent pour juge. Perrin, fort gravement, ouvre l'huitre, et la gruge,

Nos deux messieurs le regardant. Ce repas fait, il dit d'un ton de président : Tenez, la cour vous donne à chacun une écaille Sans dépens ; et qu'en paix chacun chez soi s'en aille.

Mettez ce qu'il en coûte à plaider aujourd'hui ; Comptez ce qu'il en reste à beaucoup de familles : Vous verrez que Perrin tire l'argent à lui, Et ne laisse aux plaideurs que le sac et les quilles ^

1. Nom donné par Rabelais à un homme de justice. Depuis, Racine, par sa comédie in Plaideurs, et La Fontaine, par ses fables, ont rendu ce nom populaiic.

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