‹ Fables. Précédées d'une noticeChapitre 210 sur 304 · LE SINGE ET LE CHAT · texte numérisé non relu

LE SINGE ET LE CHAT

Bertrand avec Raton, l'un singe et l'autre chat,

Commensaux d'un logis, avaient un commun maître.

D'animaux malfaisants c'était un très-bon plat :

Ils n'y craignaient tous deux aucun , quel qu'il pût cire.

Trouvait-on quelque chose au logis de gâté,

L'on ne s'en prenait point aux gens du voisinage :

Bertrand dérobait tout; Raton, de son côté.

Était moins attentif aux souris qu'au fromage.

Un jour, au coin du feu, nos deux maîh'cs fripons

Regardaient rôtir des marrons.

Les escroquer était une très-bonne affaire : Nos galants y voyaient double profit à faire ; Leur bien premièrement, et puis le mal d'autriii. Bertrand dit à Raton : Frère, il faut aujourd'imi

Que tu fasses un coup de maître : Tire-moi ces marrons. Si Dieu m'avait fait naître

Propre à tirer marrons du feu.

Certes, marrons verraient beau jeu.

Aussitôt fait que dit : Raton, avec sa patte.

D'une manière délicate.

Écarte un peu la cendre, et retire les doigts;

Puis les reporte à plusieurs fois; Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque ;

Et cependant Bertrand les croque.

Une servante vient : adieu mes gens. Raton

N'était pas content, ce dit-on.

Ainsi ne le sont pas la plupart de ces princes Qui, flattés d'un pareil emploi.

Page 1