LIVRE DIXIEME
Corps de garde avancé, vedettes, espions. Embuscades, partis, et mille inventions D'une pernicieuse et maudite science.
Fille du Styx , et mère des héros ,
Exercent de ces animaux
Le bon sens et 1" expérience Pour chanter leurs combats, l'Achéron nous devrait
Rendre Homère. Ah! s'il le rendait, Et qu'il rendit aussi le rival d■Epicure^ Que dirait ce dernier sur ces exemples-ci? Ce que j'ai déjà dit : qu'aux bêtes la nature Peut par les seuls ressorts opérer tout ceci ;
Que la mémoire est corporelle; Et que, pour en venir aux exemples divei^s
Que j'ai mi? en jour dans ces vei*s.
L'animal n'a besoin que d'elle.
L'objet, loi-squ'il revient, va dans son magasir
Chercher, par le même chemin,
L'image aupam\ant tracée.
Qui sur les mêmes pas revient pareillement .
Sans le secours de la pensée ,
Causer un même événement.
Nous agissons tout auh-ement :
La volonté nous détermine, Non l'objet, ni l'instincl. Je parle, je chemu.o :
Je sens en moi certain agent ;
Tout obéit dans ma machine
A ce principe intelligent.
Il est distinct du corps, se conçoit nettement.
Se conçoit mieux que le corps même :
De tous nos mouvements c'est l'arbitre suprême.
Mais comment le cor^is rtutend-il?
C'est là le point. Je vois l'outil Obéir à la main : mais la main , qui la guide ? Eh ! qui guide les cieux et leur course rapide î
• DfscJirtes,
2G4 FABLES DE LA FOKÏAirs'E.
Quelque ange est atlaché peut-être à ces grands corps. Un esprit vit en nous, et meut tous nos ressorts ; L'impression se fait : le moyen, je l'ignore; On ne l'apprend qu'au sein de la Divinité ; Et, s'il faut en parler avec sincérité.
Descartes l'ignorait encore.
Nous et lui là-dessus nous sommes tous égaux : Ce que je sais. Iris, c'est qu'en ces animaux
Dont je viens de citer l'exemple , Cet esprit n'agit pas : l'homme seul est son temple. Aussi faut-il donner à l'animal un point
Que la plante après tout n'a point :
Cependant la plante respire.
Mais que répondra-t-on à ce que je vais dire ?
Deux rats cherchaient leur vie; ils trouvèrent un œuf.
Le diné suffisait à gens de cette espèce;
Il n'était pas besoin qu'ils trouvassent un Lœul.
Pleins d'appétit et d'allégresse.
Ils allaient de leur œuf manger chacun sa part , Quand un quidam parut : c'était maître renard .
Rencontre incommode et fâcheuse :
Car comment sauver l'œuf? Le bien empaqueter; Puis des pieds de devant ensemijle le porter,
Ou le rouler, ou le traîner :
C'était chose impossible autant que hasardeuse.
Nécessité l'ingénieuse
Leur fournit une invention.
Comme ils pouvaient gagner leur habitation, L'écornifleur' étant à demi-quart de heue, L'un se mit sur le dos, prit l'œuf entre ses bras; Puis, malgré quelques heurts- et quelques mauvais pas,
L'autre le traîna par la queue.
Qu'on m'aille soutenir, après un tel récit,
Que les bêtes n'ont point d'espril !