LUOMME ET LA COULEUVRE
Un homme \it une couleuvre :
Ah! méchante, dit-il, je m'en vais faire une œuvre
Agréable à tout l'univers!
A ces mots l'animal pervers
(C'est le serpent que je veux dire, Et non l'homme : on pourrait aisément s'y tromper), A ces mots le serpent, se laissant attraper, Est pris, mis en un sac; et, ce qui fut le pire , On résolut sa mort, fùt-il coupable ou non. Afin de le payer toutefois de raison,
L'autre lui fit cette harangue :
Symbole des ingrats! cire bon aux méchants. C'est être sot ; meurs donc : ta colère et les dents Ne me nuiront jamais. Le serpent, en sa langue, Reprit du mieux qu'il put : S'il fallait condamner
Tous les ingrats qui sont au monde,
A qui pourrait-on pardonner?
Toi-même tu te fais ton procès : je me fonde Sur tes propres leçons; jette les yeux sur toi. Mes jours sont en tes mains, tranche-les; ta justice. C'est Ion utilité, ton plaisir, ton caprice :
Selon ces lois, condamne-moi;
Mais trouve bon qu'avec franchise
En mourant au moins je te dise Que le symbole des ingrats Ce n'est point le serpent , c'est l'homme. Ces paroles Firent arrêter l'autre; il recula d'un pas. Enfin il repartit : Tes raisons sont frivoles. Je pourrais décider, car ce droit m'appartient :