LE SONGE D UN HABITANT DU MOGOL
Jadis certain Mogol vit en songe un vizir Aux champs élysiens possesseur d'un plaisir Aussi pur qu'infini, tant en prix qu'en durée : Le même songeur vit en une autre, contrée
Un ermite entouré de feux, Qui touchait de pitié môme les malheureux. Le cas parut étrange, et contre l'ordinaire : Minos en ces deux morts semblait s'être mépris. Le dormeur s'éveilla, tant il en fut surpris. Dans ce songe pourtant soupçonnant du mystère,
Il se fit expliquer l'affaire.
L'interprète lui dit : Ne vous étonnez point; Votre songe a du sens; H, si j'ai sur ce point
Acquis tant soit peu d'habitude, C'est un avis des dieux. Pendant l'humain séjour, Ce vizir quelquefois cherchait la solitude; Cet ermite aux vizirs allait faire sa cour.
Si j'osais ajouter au mot de l'interprète,
J'inspirerais ici l'amour de la retraite :
Elis offre à ses amants des biens sans embarras.
Bien purs, présents du ciel, qui naissent sous les pas.
Solitude, où je trouve une douceur secrète.
Lieux que j'aimai toujours, ne pourrai-je jamais,
Loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais!
Oh! qui m'arrêtera sous vos sombres asiles!
Quand pourront les neuf Sœurs, loin des cours et des villes,
M'occuper tout entier, et m'apprendre des cieux
Les divers mouvements inconnus à nos yeux.
Les noms et les vertus de ces clartés errantes
Par qui sont nos destins et nos mœurs différentes !
29S FABLES DE LA FOiNTALM:.
Que si je ne suis né pour de si grands projets, Du moins que les ruisseaux m'offrent de doux ol>jelsî Que je peigne en mes vers quelque rive fleurie ! La Parque h filets d'or n'ourdira point ma vie, Je ne dormirai point sous de riches lambris : Mais voit-on que le somme en perde de son prix? En est-il moins profond, et moins plein de délices? Je lui voue au désert de nouveaux sacrifices. Quand le moment viendra d'aller trouver les morts , J'aurai vécu sans soins, et mourrai sans remords.
LE LION, LE SINGE, ET LES DEUâ ANES.
Le lion, pour bien gouvernei-, Voulant apprendre la morale, Se fit, un beau jour, amener
Le singe, maître es arts chez la gent animale.
La première leçon que donna le régent
Fut celle-ci : Grand roi, pour régner sagemcn! , Il faut que tout prince préfère
Le zèle de l'État à certain mouvement Qu'on app'Ue communéincnt Amour-propre ; car c'est le père . C'est l'auteur de tous les défauts Que l'on remarque aux animaux.
Vouloir que de tout point ce sentiment vous quitl. Ce n'est pas chose si petite Qu'on en vienne à bout en un jour :
C'est beaucoup de pouvoir modérer cet ainouî . Par là votre personne auguste N'admettra jam;us rien en soi De ridicule ni d'injuste.
Donne-moi, repartit le roi, Des exemples de l'un et l'an lie.