‹ Fables. Précédées d'une noticeChapitre 251 sur 304 · À MONSEIGNEDR LE D 'I C DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

À MONSEIGNEDR LE D 'I C DE BOURGOGNE

Un chat, contemporain d'un fort jeune moineau. Fut logé près de lui dès l'âge du berceau : La cage et le panier avaient mêmes pénates ; Le chat était souvent agacé par l'oiseau : L'un s'escrimait du bec, l'autre jouait des pattes. Ce dernier toutefois épargnait son ami,

Ne le corrigeant qu'à demi :

11 se fût fait un grand scrupule

D'armer de poinl.'^s sa férule.

Le passereau, moins circonspec,

Lui donnait force coups de bec.

En sage et discrète personne,

Maître chat excusait ces jeux :

Entre amis, il ne faut jamais qu'on s'abandonne

Aux traits d'un courroux sérieux.

Comme ils se connaissaient tous deux dès leur bas âge, Une longue habitude en paix les maintenait; Jamais en vrai combat le jeu ne se tournait :

Quand un moineau du voisinage S'en vint les visiter, et se lit compagnon Du pétulant Pierrot et du sage Raton, Efltre les deux oiseaux il arriva querelle ;

Et Raton de prendre parti.

Cet inconnu, dit-il, nous la vient donner belle,

D'insulter ainsi notre ami ! Le moineau du voisin viendra manger le nôtre ! Non, de par tous les chais! Entrant lors au combat, Il croque l'étranger. Vraiment, dit maître chat.

Les moineaux ont un goût exquis et délicat ! Cette réflexion fit aussi croquer l'autre.

Quelle morale puis-je inférer de ce fait?

Sans cela, toute fable est un œuvre imparfait.

J'en crois voir quelques traits; mais leur ombre m'abuse.

Prince , vous les aurez incontinent trouvés :

Ce sont des jeux pour vous, et non point pour ma muse

Elle et ses sœurs n'ont pas l'esprit que vous avez.

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