La pie a le plumage noir et Liane
2. Frauçois-Lonis, prince de la Roche-sur- Yon et de Conti, Van des amis et protecteurs de notre poète.
3'J8 FABLKS DK LA FONTAINE.
Sï'lciiil cil voliv c'triir sitôt qu'on l'y voit iiailio. Acliillc, qui du sien ne put se rendre maître,
Fut par là moins héros que vous.
Ce titre n'appartient (pi'à ceux d'entre les lioinines Qui, comme en l'âge d'or, font cent biens ici-bas. Peu de çrrands sont nés tels en cet âge où nous soinines L'univers leur sait gré du mal qu'ils ne font pas.
Loin que vous suiviez ces exemples, Mille actes généreux vous promettent des temples. Apollon, citoyen de ces augustes lieux.
Prétend y célébrer votre nom sur sa lyre. Je sais qu'on vous attend dans le palais des dieux : Un siècle de séjour doit ici vous suffire. Hymen veut séjourner tout un siècle chez vous.
Puissent ses plaisirs les plus doux
Vous composer des destinées
Par ce temps à peine bornées !
Et la princesse et vous n'en méritez pas moins.
J'en prends ses charmes pour témoins ;
Pour témoins j'en prends les merveilles Par qui le ciel, pour vous prodigue en ses présents, De qualités qui n'ont qu'en vous seuls leurs pareilles
Voulut orner vos jeunes ans.
Bourbon de son esprit ses grâces assaisonne :
Le ciel joignit en sa personne
Ce qui sait se faire estimer
A ce qui sait se faire aimer :
Il ne m'appartient pas d'étaler votre joie;
Je me tais donc, et vais rimer
Ce que fit un oiseau de proie.
Un milan, de son nid antique possesseur,
Étant pris vif par un chasseur, D'en faire au piince un don cet homme se propose. Li rareté du fait donnait prix à la chose. L*oiseau, par le chasseur humblement présenté,
Si ce conte n'e^-t apocryphe,
LlVKt: DOUZIÈME. 3£9
Va tout dioil imprimer sa griffe
Sur le nez ilc sa majesté. — Quoi; sur le nez du roi? — Du roi même en personne. — Il n'avait donc alors ni sceplre ni couronne? — Quand il en aurait eu , c'aurait été tout un : Le nez royal fut pris comme un nez du commun. Dire des courtisans les clameurs et la peine Serait se consumer en efforls impuissants. Le roi n'éclata point : les cris sont indécents
A la majesté souveraine.
L'oiseau garda son poste : on ne put seulement
Hâter son départ d'un moment.
Son maître le rappelle, et crie, et se tourmente, Lui présente le leurre ', et le poing-; mais en vain.
On crut que jusqu'au lendemain Le maudit animal à la serre insolente
Nicherait là malgré le bruit Et sur le nez sacré voudrait passer la nuit. Tâcher de l'en tirer irritait son caprice. 11 quitte enfin le roi , qui dit : Laissez aller Ce milan , et celui qui m'a cru régaler. Ils se sont acquittés tous deux de leur office. L'un en milan, et l'autre en citoyen des bois : Pour moi, qui sais comment doivent agir les rois,
Je les affranchis du supplice.
Et la cour d'admirer. Les courtisans ravis Élèvent de tels faits, par eux si mal suivis : Bien peu, même des rois, prendraient un tel modèle;
Et le veneur l'échappa belle ; Coupables seulement, tant lui que l'animal, D'ignorer le danger d'approcher trop du maître :
Ils n'avaient appris à connaître Que les hôtes des bois : était-ce un si grand mal?
\. Terme de fauconnerie. Le leurre est un morceau de cuir rouge fai^onné en forme J'uiseau, auquel on attache de quoi manger, et dont les fauconniers se servent pour rappeler les oiseaux de fauconnerie lorsqu'ils ne viennent pas à l^réclame.
2, Pour qu'il vienne se placei dessus. C'est ce qui s'appelle réclamer en terme de fauconnerie.
330 FABL?:S DE L A FOM'A l NE.
rilpay l'ait pivs ilu Cange aiiiver ra\cnliiro.
Là, nulle hmnainc créaliiie No louche aux animaux pour leur sang épanclicr. Le roi même ferait scrupule d'y toucher. Savons-nous, disent-ils, si cet oiseau do proie
N'était point au siège de Troie?
Peut-être y tint-il lieu d'un prince ou d'un héros
Des plus huppés et des plus hauts :
Ce (ju'il fut autrefois il pourra l'être encore.
Nous croyons, après Pythagore, Qu'avec les animaux de forme nous changeons :
Tantôt milans, tantôt pigeons,
Tantôt humains , puis volatilles '
Ayant dans les airs leurs familles.
Comme l'on conte en deux façons L'accident du chasseur, voici l'autre manière.
Un certain fauconnier ayant pris, ce dit-on, A la chasse un milan (ce qui n'arrive guère),
En voulut au roi faire un don ,
Comme de chose singulière :
Ce cas n'arrive pas quelquefois en cent ans : C'est le non plus ultra de la fauconnerie. Ce chasseur perce donc un gros de courtisans , Plein de zOle, échauffé, s'il le fut de sa vie.
Par ce parangon ^ des présents
Il croyait sa fortune faite :
Quand l'animal porte-sonnette.
Sauvage encore et tout grossier,
Avec ses ongles tout d'acier.
Prend le nez du chasseur, happe le pauvre sire.
Lui de crier; chacun de rire, Monarque et courtisans. Qui n'(;ùt ri? Quant à moi,
I . yoUilHU se dit Mniement des ciscani Ijons à manger. La Dccessité de la rime a fotc» la For.laine d'employer ce mot an lieu de cel'ii de volatile. t JJodële parfait.