LIVRE DOUZIEMP:. SJl
Que l'on croit qu'il ])altra toujours; Il liante la taverne, et souvent il s'euiu-e.
N'attendez rien de bon du peuple imitateur,
Qu'il soit singe ou qu'il fasse un livre : La pire espèce, c'est l'auteur.
LE l'HlLOSOPHE SCYTHE.
Un philosophe austère, et né dans la Scylhie, Se proposant de suivre une plus douce vie. Voyagea chez les Grecs , et vit en certains lieux Un sage assez semblable au vieillard de Virgile', Homme égalant les rois, homme approchant des die(.\, Et, comme ces derniers, satisfait et tranquille. Son bonheur consistait aux beautés d'un jardin. Le Scythe l'y trouva qui , la serpe à la main , De ses arbres à fruit retranchait l'inutile , Ébranchait, émondait, ôtait ceci, cela,
Corrigeant partout la nature , Excessive à payer ses soins avec usure.
Le Scythe alors lui demanda Pourquoi cette ruine : était-il d'homme sage "^ De mutiler ainsi ces pauvres habitants?
Quittez-moi votre serpe, inshument de domma;-;?;
Laissez agir la faux du Temps :
Ils iront assez tôt border le noir rivage. J'ôle le superflu, dit l'autre; et l'abattant,
Le reste en profite d'autant.
* . C'est le vieillard des bords du Galèse :
Cm pauca rclicti
Juger!» ruris erant.
Reguni aequabat opes nniaiis; seraque revertens Nocto dOQiuni , dapibus mensas onerabat ioemptis.
Vip.G., Gec);-^., iJb. IV, T. ii7-isî.
î. Était-ce l'action d'un hommrae sa;;e?
Le Scythe, retourné clans sa tiisto deiiunnT,
Preiul la serpe à son tour, coupe et taille à toute heure;
Conseille à ses voisins, prescrit à ses amis
Un universel^ abat is.
îl ôte (le chez lui les branches les plus belle?, H tronque son verger contre toute laison,
Sans observer temps ni saison.
Lunes ni vieilles ni nouvelles.
Tout languit et tout meurt.
Ce Scythe exprime bien
Un indiscret stoïcien :
Celui-ci retranche de l'àine Désirs et passions, le bon et le mauvais,
Jusqu'aux plus innocents souhaits.
Contre de telles gens, quant à moi, je réclame. Ils ôtent à nos cœurs le principal ressort; Ils font cesser de vivre avant que l'on soit mort.
L'lLÉPIIANT et le singe de JUPiTLâ.
Autrefois l'éléphant et le rhinocéros ,
En dispute du pas et des droits de l'empire,
Voulurent terminer la querelle en champ clos.
Le jour en était pris, quand quelqu'un vint leur dire
Que le singe de Jupiter, Portant un caducée, avait paru dans l'air. Ce singe a\ait nom Gille, à ce que dit l'histoire.
Aussitôt l'éléphant de croire
Qu'en qualité d'ambassadeur
Il venait trouver sa grandeur.
Tout fier de ce sujet de gloire, fl attend niaitre Gille, et le trouve un peu lent
A lui présenter sa créance.
i.ivr.h i)Oizif:ME. S18
Maitn' GilK>'tMirni, on passaiil,
Va saluer son t'xct'llence.
L'aulro était préparé sur la lépralioii :
Mais pas un mol. l/attontioii Qu'il croyait que k'S dieux eussent à sa (pierello N'agitait pas encor chez eux cette nouvelle.
niTiiuporte à ceux du Hnnaiiienl
Qu'on soit mouche ou bien éléphanl"!' Il se vit donc réduit à commencer lui-même. Mon cousin Jupiter, dit-il, verra dans peu Un assez beau combat, de son troue suprême;
Toute sa cour verra beau jeu.
Quel combat? dit le singe avec un Iront sévère. L'éléphanl n-parlit : Quoi! vous ne savez pas Que le ihinocéros me dispute le pas; Qu'Éléphantidc a guerre avecque Ilhinocère? Vous connaissez ces lieux, ils ont quelque renom. Vraiment je suis ravi d'en apprendre le nom, lieparlil maître Gille : on ne s'entretient guère De semblables sujets dans nos vastes lambris.
L'éléphant, honteux et surpris.
Lui dit : Kh ! parmi nous que venez-vous donc faire? — Partager un brin d'herbe entre quelques fourmis : Nous avons soin de tout. Et quant à votre affaire, On n'en dit rien encor dans le conseil des dieux : Les petits et les grands sont égaux à leurs yeux.