‹ Fables. Précédées d'une noticeChapitre 61 sur 304 · LES LOUPS ET LES BREBI · texte numérisé non relu

LES LOUPS ET LES BREBI

Après mille ans et plus de guerre déclarée , Les loups firent la paix avecque les brebis. C'était apparemment le bien des deux partis : Car, si les loups mangeaient mainte bêle égarée, Les bergers de leur peau se faisaient maints habits. Jamais de liberté, ni pour les pâturages,

Ni d'autre part pour les carnages :

Ils ne pouvaient jouir qu'en tremblant de leurs biens. La paix se conclut donc : on donne des otages; Les loups, leurs louveteaux; et les brebis, leurs chiens. L'échange en élant fait aux formes ordinaires \

Et réglé par des commissaires, Au bout de quelque temps que messieurs les louvats * Se virent loups parfaits et friands de tuerie , Ils vous prennent le temps que dans la bergerie

Messieurs les bergers n'étaient pas.

Étranglent la moitié des agneaux les plus gras, Les emportent aux dents, dans les bois se retirent. Ils avaient averti leurs gens secrètement. Les chiens, qui, sur leur foi, reposaient sûrement,

Furent étranglés en dormant :

Cela fut si tôt fait qu'à peine ils le sentirent. Tout fut mis en morceaux; un seul n'en échappa.

Nous pouvons conclure de là (^u'il ftiut faire aux méchants guerre continuelle. La paix est fort bonne de soi; J'en conviens : mais de quoi sert-elle Avec des ennemis sans foi?

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