LIVRE QUATRIÈME. S
Tant qu'au père à la lin cela devient suspect. Cependant on tVicasse, on se rue en cuisine '. — De quand sont vos jambons? ils ont fort bonne mine. — Monsieur, ils sont à vous. — Vraiment, dit le seigneur,
Je les reçois, et de bon cœur.
Il déjeune très-bien; aussi fait sa famille. Chiens, chevaux, et valets, tous gens bien endenlés : Il commande chez l'hôte, y prend des libertés,
Boit son vin , caresse sa fille.
L'embarras des chasseurs succède au déjeuné.
Chacun s'anime et se prépare :
Les trompes et les cors font un tel tintamarre.
Que le bon homme est étonné.
Le pis fut que l'on mit en piteux équipage Le pauvre potager : adieu planches, carreaux;
Adieu chicorée et porreaux ;
Adieu de quoi mettre au potage.
Le lièvre était gîté dessous un maître chou. On le quête; on le lance : il s'enfuit par un trou, Non pas trou, mais trouée, horrible et large plaie
Que l'on fit à la pauvre haie Par ordre du seigneur; car il eût été mal Qu'on n'eût pu du jardin sortir tout à cheval. Le bon homme disait : Ce sont là jeux de prince. Mais on le laissait dire : et les chiens et les gens Firent plus de dégât en une heure de temps
Que n'en auraient fait en cent ans
Tous les lièvres de la province.
Petits princes, videz vos débats entre vous : De recourir aux rois vous seriez de grands fous. 11 ne les faut jamais engager dans vos guerres, Ni les faire entrer sur vos terres.
1. Expression empruntée à Rabelais, liv. 1, cb. xi, et liv- IV, cbap. x. H ait ie Gargantua t a H se ruait en cuisine. »
l'ane et le petit cuicn.
Ne forçons point notre talent ;
Nous ne ferions rien avec grâce :
Jamais un lourdaud , quoi qu'il fasse ,
Ne saurait passer pour galant.
Peu de gens , que le ciel chérit et gratifie , Ont le don d'agréer infus avec la vie.
C'est un point qu'il leur faut laisser, Et ne pas ressembler à l'une de la fal)le ,
Qui, pour se rendre plus aimable El plus cher à son maître , alla le caresser.
Comment ! disait-il en son âme ,
Ce chien , parce qu'il est mignon ,
Vivra de pair à compagnon
Avec monsieur, avec madame ;
Et j'aurai des coups de bâton!
Que fait-il ? il donne la patte ;
Puis aussitôt il est baisé :
S'il en faut faire autant alin que l'on me flatte,
Cela n'est pas bien malaisé.
Dans cette admirable pensée.
Voyant son maître en joie, il s'en vient lourdement.
Lève une corne tout usée, La lui porle au menton fort amoureusement. Non sans accompagner, pour plus grand ornement. De son chant gracieux cette action hardie. Oli ! oh ! quelle caresse! et quelle mélodie ! Dit le mailre aussitôt. Holà, Martin-bâton' î Martin-bâton accourt : l'âne change de ton.
Ainsi finit la comédie.
l . Le valet d'écurie , armé 'l'un bâton , chargé de corriger l'àue. Cette burlesque dénosi;' Dation est prise de Rabelais.