Croit, pense, s'imagine
S. Tromper, séduire. On disait aussi enganner, et plus anciennement engiijni:r
LIVRI-: QUATRIEME. 105
Mais afin d'en venir an dessein qne j'ai pris :
Un rat plein d'embonpoint, gras, et des mieux nourris,
Et qui ne connaissait l'avent ni le carême ,
Sur le bord d'un marais égayait ses esprits.
Une grenouille approche, et lui dit en sa langue :
Venez me voir chez moi ; je vous ferai festin.
Messire rat promit soudain :
Il n'était pas besoin de plus longue harangue. Elle allégua pourtant les délices du bain , La curiosité, le plaisir du voyage.
Cent raretés à voir le long du marécage : Un jour il conterait à ses petits-enfants Les beautés de ces lieux, les mœurs des habitants, Et le gouvernement de la chose publique
Aquatique.
Un point sans plus tenait le galant empêché : Il nageait quelque peu, mais il fallait de l'aide. La grenouille à cela trouve un très-bon remède : Le rat fut à son pied par la patte attaché ;
Un brin de jonc en fit l'affaire.
Dans le marais entrés , notre bonne commère S'efforce de tirer son hôte au fond de l'eau. Contre le droit des gens , contre la foi jurée ; Prétend qu'elle en fera gorge chaude * et curée ^; C'était, à son avis, un excellent morceau. Déjà dans son esprit la galande le croque. Il atteste les dieux ; la perfide s'en moque : Il résiste; elle tire., Eu ce combat nouveau, Un milan, qui dans l'air, planait, faisait la ronde. Voit d'en haut le pauvret se débattant sur l'onde. Il fond dessus, l'enlève, et, par même moyen,
La grenouille et le lien.
Tout en fut ; tant et si bien ,
1 . Gorge chaude, en terme de fauconnerie , est la viande chaude qu'on donne aux oiseaux de proie, et qu'on prend du gibier qu'ils ont attrapé.
2. Curée , en terme de vénerie, est la pâture qu'on donne aui chiens de chasse, en leur faisant manger de la béte qu'ils ont prise.
Que de cette doul)lc proie L'oiseau se donne au cœur joie, Ayant, de cette façon, A souper chair et poisson.
La ruse la mieux ourdie Peut nuire à sou inventeur; Et souvent la perfidie Retourne sur son auteur.
TRiniîT ENVOYÉ PAR LES ANIMAUX A ALEIANDP.E.
Une fable avait cours parmi l'antiquité;
Et la raison ne m'en est pas connue.
Que le lecteur en tire une moralité,
Voici la fable toute nue :
La Renommée ayant dit en cent lieux Qu'un fils de Jupiter, un certain Alexandre, Ne voulant rien laisser de libre sous les cieux,
Commandait que, sans plus attendre,
Tout peuple à ses pieds s'allât rendre, Quadrupèdes, humains, éléphants, vermisseaux,
Les républiques des oiseaux;
La déesse aux cent bouches, dis-je,
Ayant mis partout la terreur En publiant l'édit du nouvel empereur,
Les animaux, et toute espèce lige' De son seul appétit, crurent que cette fois
Il fallait subir d'autres lois.
On s'assemble au désert : tous quittent leur tanière. Après divers avis, on résout, on conclut
D'envoyer hommage et tribut.
1. Esclave de son seul appétit. Lige, qui doit un certain droit au seigneur, et est tniu à 'i's obligations plus étroites que le simple vassal.