LIVRE QUATRIÈME
Pour l'hommage et pour la manière.
Le singe en fut chargé : l'on lui mit par écrit
Ce que l'on voulait qui fut dit.
Le seul tribut les tint en peine :
Car que donner? il fallait de l'argent.
On en prit d'un prince obligeant,
Qui, possédant dans son domaine Des mines d'or, fournit ce qu'on voulut. Comme il fut question de porter ce tribut ,
Le mulet et l'âne s'offrirent , Assistés du cheval ainsi que du chameau.
Tous quatre en chemin ils se mirent Avec le singe , ambassadeur nouveau.
La caravane enfin rencontre en un passage Monseigneur le lion : cela ne leur plut point.
Nous nous rencontrons tout à pomt, Dit-il; et nous voici compagnons de voyage.
J'allais offrir mon fait à part; Mais , bien qu'il soit léger, tout fardeau m'embarrasse. Obligez-moi de me faire la grâce
Que d'en porter chacun un quart :
Ce ne vous sera pas une charge trop grande, Et j'en serai plus libre et bien plus en état , En cas que les voleurs attaquent notre bande,
Et que l'on en vienne au combat.
Éconduire un lion rarement se pratique.
Le voilà donc admis, soulagé, bien reçu. Et malgré le héros de Jupiter issu, Faisant chère et vivant sur la bourse publique.
Ils arrivèrent dans un pré Tout bordé de ruisseaux, de fleurs tout diapré,
Où maint mouton cherchait sa vie; Séjour du frais , véritable patrie Des zéphyrs. Le lion n'y fut pas, qu'à ses gens
Il se plaignit d'èlre malade.
Continuez votre ambassade.
Dit-il; je sens un feu qui me brûle au Jedans,
Et veux chercher ici quelque herbe salutaire.
Pour vous, ne perdez point de temps :
Rendez-moi mon argent; j'en puis avoir affaire. On déballe; et d'abord le lion s'écria,
D'un ton qui témoignait sa joie :
Que de filles, ô dieux, mes pièces de monnoie Ont produites ! Voyez : la plupart sont déjà
Aussi grandes que leurs mères.
Le croît* m'en appartient. Il prit tout là-dessus; Ou bien s'il ne prit tout, il n'en demeura gucres.
Le singe et les sommiers - confus , Sans oser répliquer, en chemin se remirent. Au fils de Jupiter on dit qu'ils se plaignirent,
Et n'en eurent point de raison.
Qu'eùt-il fait? C'eût été lion contre lion;
Et le proverbe dit : Corsaires à corsaires,
L'un l'autre s'altaquant, ne font pas leurs affaires.
LE CHEVAL S'eTANT VOULU VENGER DU CERF.
De tout temps les chevaux ne sont nés pour les hommes.
Lorsque le genre humain de glands se contentait.
Ane , cheval , et mule , aux forêts habitait :
Et l'on ne voyait point, comme au siècle où nous sommes,
Tant de selles et tant de bats ,
Tant de harnais pour les combats,
Tant de chaises, tant de carrosses;
Comme aussi ne voyait-on pas
Tant de festins et tant de noces.
Or, un cheval eut alors différend
Avec un ceif plein de vitesse; Et, ne pouvant l'attaquer en courant,