‹ Fables. Précédées d'une noticeChapitre 86 sur 304 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Il tenait un moineau, dit-on.

Prêt d'étouffer la pauvre bêle,

Ou de la lâcher aussitôt,

Pour mettre Apollon en défaut.

Apollon reconnut ce qu'il avait en tête : Mort ou vif, lui dit-il, montre-nous ton moineau,

Et ne me tends plus de panneau :

Tu te trouverais mal d'un pareil stratagème.

Je vois de loin , j'atteins de même.

l'avare qli a perdu son TRESCn.

L'usage seulement fait la possession.

Je demande à ces gens de qui la passion Est d'entasser toujours, mettre somme sur somme. Quel avantage ils ont que n'ait pas un autre homnu. Diogène là-bas est aussi riche qu'eux, Et l'avare ici-haut comme lui vit en gueux. L'homme au trésor caché, qu'Ésope nous propose, Servira d'exemple à la chose.

Ce malheureux attendait Pour jouir de son bien une seconde vie : Ne possédait pas l'or, mais l'or le possédait. Il avait dans la terre une somme enfouie. Son cœur avec, n'ayant autre déduit'

Que d'y ruminer jour et nuit.

Et rendre sa chevance - à lui-même sacrée. Qu'il allât ou qu'il vînt , qu'il bût ou qu'il mangeât , On l'eût pris de bien court, à moins qu'il ne songeât A l'endroit où gisait cette somme enterrée. Il y fit tant de tours qu'un fossoyeur le vit. Se douta du dépôt, l'enleva sans rien dire,

{. Autre plai.-ir. — 2. Sonlica.

\IG F A li L i: S D 1 : L A F 0 >' T A 1 >: V. .

Notre avare un beau jour ne trouva que le iiiil. Voilà mon lioniti;e aux pleurs : il liéniit, il soupire.

Il se tourmente, il se déchire.

Un passant lui demanile à quel sujet ses cris. —

C'est mon trésor que l'on m'a pris. — Votre trésor! où pris? — Tout joignant cette pierre. -

Eh ! sommes-nous en teuips de guerre , Pour l'apporter si loin? N'eussiez-vous pas mieux l'ait De le laisser chez vous en votre cabinet.

Que de le changer de demeure?

Vous auriez pu sans peine y puiser à toute heure. — A toute heure, bons dieux! ne tient-il qu'à cela?

L'argent vient-il comme il s'en va?

Je n'y touchais jamais. — Dites-moi donc, de grâce, Reprit l'autre, pourquoi vous vous allligez tant : Puisque vous ne touchiez jamais à cet argent,

Mettez une pierre à la place ;

Elle vous vaudra tout autant.

l'ceil du maître.

Un cerf, s'étant sauvé dans une élable à bœufi,

Fut d'abord averti par eux

Qu'il cherchât un meilleur asile.

Mes frères, leur dit-il, ne me décelez pas : Je vous enseignerai les pâlis les plus gra.5; Ce sersice vous peut quelque jour être utile,

Et vous n'en aurez point regret.

Les bœufs, à toutes tins, promirent le secret. Il se cache en un coin, respire et prend courage. Sur le soir on apporte herbe fraî( he et fourrage ,

Comme l'on faisait tous les jours :

L'on va," l'on vient, les valets font cent touis. L'intendant même; et pas un d'aventure

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N'aperçut ni cor, ni lanunc, Ni cerf cnlin. L'hal)itanl tles lorèls Rend déjà grâce aux bœufs, attend dans cette ctable Hue, cliacun retournant au travail de Cérès , 11 trouve pour sortir un monient favorable! L'un des bœufs ruminant lui dit : Cela va bien; Mais quoi! rbomnic aux cent yeux n'a pas fait sa revue.

Je crains fort pour toi sa venue; Jusque-là, pauvre cerf, ne te vante de rien. Là-dessus le maître entre, et vient faire sa ronde.

Qu'est ceci? dit-il à son monde; Je trouve bien peu d'herbe en tous ces râteliers. Cette litière est vieille, allez vite aux greniei's; Je veux voir désormais vos bêtes mieux soignées. Que coùte-t-il d'ôter toutes ces araignées? Ne saurait-on ranger ces jougs et ces colliers? En regardant à tout, il voit une autre tète Que celles qu'il voyait d'ordinaire en ce lieu. Le cerf est reconiui : chacun prend un épieu,

Chacun donne un coup à la bête.

Ses larmes ne sauiaient la sauver du trépas. On l'emporte, on la sale, on en fait maint repas,

Dont maint voisin s'éjouit ' d'être.

Phèdre sur ce sujet dit fort élégamment :

Il n'est, pour voir, que l'œil du maître. Quant à moi, j'y mettrais encor l'œil de l'amant.

l'alouette et ses petits, avec le maître d'un CUA5)?.

Ne t'attends qu'à toi seul ; c'est un commun proverbe. Voici comme Ésope le mit En crédit *.

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