‹ Fables. Précédées d'une noticeChapitre 91 sur 304 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Entre deux je passerai ,

Et du coup vous sauverai.

Cette offre le persuade.

Pot de fer son camarade

Se met droit à ses côtés.

Mes gens s'en vont à trois pieds

Clopin dopant comme ils peuvent,

L'un contre l'autre jetés

Au moindre hoquet' qu'ils treuvent-.

Le pot de terre en souffre; il n'eut pas fait cent pas Que par son compagnon il fut mis en éclats,

Sans qu'il eût lieu de se plaindre.

Ne nous associons qu'avecque nos égaux ; Ou bien il nous faudra craindre Le destin d'un de ces pots.

tZ PETIT POISSON ET LE PÉCHEUR.

Petit poisson deviendra grand , Pourvu que Dieu lui prête vie; Mais le lâcher en attendant, Je tiens pour moi que c'est folie :

Car de le rattraper il n'est pas trop certain.

Un carpeau , qui n'était encore que fretin , Fut pris par un pécheur au bord d'une rivière. Tout fait nombre, dit l'homme en voyant son butiii, Voilà commencement de chère et de festin :

Mt'ltons-le en notre gibecière.

Le pauvre carpillon lui dit en sa manière :

1. Acïïa}pement , secousse, par métonymie. On disait autrefois hoqueter pour secouer fortement.

Page 1