‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 113 sur 318 · LE SERPENT ET LA LIME · texte numérisé non relu

LE SERPENT ET LA LIME

On conte qu'un serpent, voisin d'un horloger (C'était pour l'horloger un mauvais voisinage), Entra dans sa boutique, et, cherchant à manger.

N'y rencontra pour tout potage Qu'une lime d'acier qu'il se mit à ronger. Cette lime lui dit, sans se mettre en colère: Pauvre ignorant ! eh ! que prétends-tu faire ?

Tu te prends à plus dur que toi,

Petit serpent à tête folle:

Plutôt que d'emporter de moi

Seulement le quart d'une obole,

Tu te romprais toutes les dents.

Je ne crains que celles du temps.

Ceci s'adresse à vous, esprits du dernier ordre, Qui, n'étant bons à rien, cherchez sur tout à mordre :

Vous vous tourmentez vainement.

Croyez-vous que vos dents impriment leurs outrages

Sur tant de beaux ouvrages ?

Ils sont pour vous d'airain, d'acier, de diamant.

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